Versailles, savoir-faire et matériaux

Par Nicolas Chaudun

Des livres sur le château de Versailles, il en tombe comme des grêlons en mars. Le relais de chasse de Louis XIII, le dévolu sans appel que jette son fils sur ces vastes étendues marécageuses, le « grand dessein », les adieux au roi… On croyait tout savoir du plus beau palais du monde. Eh bien non ! Manquait encore la manière, c’est-à-dire la mémoire des mains expertes, des savoir-faire, d’une ingénierie, pour tout dire, d’autant plus merveilleuse qu’elle éclaire les signes avant-coureurs d’une révolution industrielle radicale. Sur ce chantier de construction – comme plus tard sur les entreprises de mise au goût du jour ou de restauration – l’artisanat ancestral côtoie l’innovation. Ici, d’innombrables procédés de dorure, à la feuille, au mercure, sur bronze, sur bois, sur porcelaine ; là, l’introduction de la fonte préindustrielle ou les bouleversements de la charpenterie et de la menuiserie mécanique…

Placée sous la direction du sociologue et historien Hugues Jacquet, spécialiste de l’évolution des savoir-faire et de ses conséquences esthétiques et socio-économiques, cette histoire matérielle d’un château de rêve s’égrène en chapitres dédiés à la matière : pierre, bois, métal, terre… non sans avoir posé en préambule l’organisation du travail dans la France de l’Ancien Régime. À l’appui de cette exploration originale de l’époque, une iconographie foisonnante et plutôt bien mise en valeur parachève l’éloge du beau métier.

Versailles, savoir-faire et matériaux, sous la direction d’Hugues Jacquet, Actes Sud/Château de Versailles, 444 pages, 65 €

Partager sur :