Les parquets volants de l’hôtel de Sourdéac

Par Nicolas Chaudun Directeur de la publication

Date de publication : 05/12/2019

L’hôtel de Sourdéac, 8, rue Garancière, dans le 6e arrondissement de Paris, est en cours de restauration. Bon. Cette impressionnante construction du début du règne de Louis XIV est pour partie inscrite à l’Inventaire supplémentaire ; l’ordre colossal de ses façades et son escalier monumental la désignent comme un joyau de l’architecture palatiale parisienne… On en dormirait sur ses deux oreilles. Qu’on dorme, c’est bien ce qu’espèrent les artisans de sa rénovation. Ils n’en démonteront – ou détruiront – que mieux les éléments intérieurs… Les parquets, par exemple. « Ah mais, cher Monsieur, c’est qu’ils se trouvaient dans un état lamentable ! » prétextera-t-on. Vraiment ? Ceux de l’étage noble, tout au moins d’un salon de l’étage, viennent d’être acquis par un particulier, afin d’être remontés dans son appartement, non loin du carrefour Vavin.

Cette petite migration en catimini en dit long du respect que l’on a, non de la loi, mais de l’architecture elle-même. Les appartements, certes, avaient été partiellement repris sous le Second Empire quand la famille d’imprimeurs-éditeurs Plon avait acquis la totalité de l’hôtel. L’ensemble demeurait cohérent. Élégant même. Grand Siècle, pour tout dire. Las !
On est alors en droit de se demander s’il est licite – et non pas légal, bien entendu – d’acquérir l’un des derniers témoins parisiens du règne du Roi-Soleil en vue d’une exploitation contemporaine. Ces investisseurs ne seraient-ils pas plus à leur aise dans les casemates interstellaires du nouveau quartier des Batignolles ? Ou, au pied de l’arbre, à déballer une boîte géante de Lego ?

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