Paysages et biodiversité : le décret scélérat

Par Nicolas Chaudun

Date de publication : 19/12/2019

C’est désormais chose faite, un décret pris en conseil des ministres, mercredi 18 décembre 2019, supprime l’obligation de consulter le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) pour tout projet d’aménagement menaçant les espèces protégées ou leur habitat. Ce même décret tire un trait de plume sur l’avis consultatif de l’Office national des forêts (ONF) requis pour tout aménagement dans l’espace forestier domanial ou soumis au « régime forestier ». Ici, on porte atteinte à la biodiversité ; là, on excite le défrichage. « Consultation », le principe même gênait. Il freinait notamment les innombrables projets de parcs ou de « centres d’interprétation », usines à gaz qui satisfont les intérêts de petits féodaux et d’élus pris d’importance. La procédure « engorge les services instructeurs », avait prétexté le ministère de la Transition écologique.

Comment se contenter d’une telle explication ? Comment croire le Ministère quand c’est aujourd’hui l’ONF qu’il s’agit de démanteler – non sans raison, du reste, l’ « office national » se comportant désormais comme n’importe quelle société forestière aux objectifs financiers bien compris ? Comment se laisser berner par les vertus de la simplification, enfin, quand c’est au détricotage méthodique des règles de protection environnementales et culturelles que s’ingénie le pouvoir depuis dix ou quinze ans ?

La loi Élan, dans ses dispositions relatives à l’urbanisme et au programme éolien, n’aspirait à rien d’autre. Cependant, un mal plus sournois encore sourd des articles de ce décret scélérat : la mauvaise foi. L’administration qui aujourd’hui porte un coup à l’environnement est la même qui, hier, dans le Plan biodiversité présenté par Nicolas Hulot en juillet 2018, prônait un tonitruant « zéro artificialisation nette des sols » d’ici 2030. Hier, on en aurait ri. Demain, pourtant, nous n’aurons qu’un soleil ardent pour sécher nos larmes de sel.

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