Epic du Mont-Saint-Michel : ça promet d’être épique !

Par David Jouet

Date de publication : 20/12/2019

Une pluie d’établissements publics s’abat sur le paysage patrimonial français. À peine une semaine après la naissance de celui qui organisera la restauration de Notre-Dame, un décret du 11 décembre 2019 a concrétisé la mise en place de l’établissement public du Mont-Saint-Michel, dans un objectif de développement économique et touristique. Rien de surprenant toutefois, puisque la création de l’établissement public industriel et commercial (Epic), effective au 1er janvier 2020, avait été annoncée dès 2017, dans une déclaration commune du Premier ministre et des élus de la baie du Mont-Saint-Michel.

La gestion du site, inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, s’avère kafkaïenne. De fait, elle est scindée entre le Centre des monuments nationaux (CMN), en charge de l’abbaye, et le syndicat mixte Baie du Mont-Saint-Michel, composé d’élus locaux. Plusieurs problèmes de gouvernance ont été soulevés par le passé, notamment à l’occasion de l’opération de rétablissement du caractère maritime du Mont. De nombreux acteurs sont en effet concernés, rattachés aux collectivités territoriales et aux services déconcentrés des régions Normandie et Bretagne. La Cour des comptes pointait dans son rapport d’observations définitives de 2017 que le syndicat mixte n’était « pas parvenu à mettre en place une gouvernance efficace », après avoir souligné, dans son rapport public annuel de 2013, que le projet de rétablissement du caractère maritime avait été « mal conduit ». Le défi, majeur, est donc d’optimiser le pilotage.

Une prise de décision compliquée

Franck Riester, ministre de la Culture, et Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, se félicitent de la création de cet Epic : ils évoquent un travail en synergie avec le CMN, qui continuera à mener les actions de conservation, de restauration et de mise en valeur de l’abbaye, et une gouvernance équilibrée entre l’État et les collectivités territoriales. Au-delà des éléments de langage, la prise de décision s’annonce compliquée : le conseil d’administration de l’établissement public, présidé par un élu local, sera composé de 25 membres représentant l’État et les collectivités territoriales. Les risques de tension avec le CMN sont également majeurs, le décret prévoyant que le directeur de l’Epic, nommé par le président de la République, sera également l’administrateur de l’abbaye dans le cadre d’une convention avec le CMN. Dans un compte rendu de comité technique du 25 octobre 2019, la CGT Culture s’inquiète de la perte de certaines attributions du Centre des monuments nationaux, évoquant le risque d’un scénario « à la Chambord » qui conduirait au passage de l’abbaye sous le contrôle total de l’Epic.

L’avenir du site, première destination touristique en France après Paris, n’est fort heureusement pas totalement sombre. Dans un tweet du 13 décembre, Philippe Bélaval annonçait en effet que le CMN qu’il préside pourra « réaliser la restauration des façades et des couvertures de la Merveille » grâce à une attribution spéciale de crédits par le ministère de la Culture. 7 millions d’euros y seront en effet consacrés sur trois ans, dont 5 millions dès fin 2019. L’État, quant à lui, triplera sur trois ans sa contribution financière à l’Epic par rapport à celle allouée au syndicat mixte préexistant. Tout est désormais entre les mains des différents protagonistes.

Partager sur :