Un bonnet d’âne pour l’homme-carotte

Par Nicolas Chaudun

Date de publication : 08/01/2020

À quoi bon coiffer le président Trump d’un bonnet d’âne ? Son aérienne banane aux couleurs d’un carrot-cake n’en frémirait pas d’un cheveu. Mais tout de même. Son tweet posté dans la nuit du 4 au 5 janvier 2020 avait menacé de s’en prendre, par les armes, à 52 sites iraniens si jamais la République islamique exerçait des représailles après l’assassinat par des drones américains du général Qassem Soleimani. Pourquoi 52 ? Parce que ce fut le nombre de citoyens américains retenus en otage à Téhéran lors de la révolution de 1979. Mais surtout lesquels ? Des sites « de très haut niveau et très importants pour l’Iran et pour la culture iranienne ».

La bourde – et c’en est une grosse – a le matin même été corrigée par le secrétaire à la Défense, Mark Esper, celui-ci affirmant qu’il était hors de question pour l’armée américaine de violer le « droit de la guerre ». Mike Pompeo, chef de la diplomatie, lui a emboîté le pas, évoquant pour sa part le « droit international ».

À quoi se sont-ils référé ? À la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, signée sous l’égide de l’Unesco à La Haye le 14 mai 1954 et qui a, bien entendu, été ratifiée par les États-Unis. Celle-ci, en son article 4 énonce que les États signataires ne sauraient « exposer ces biens à une destruction ou à une détérioration en cas de conflit armé », ni se rendre coupable « de tout acte d’hostilité à leur égard ». Autant de dispositions auxquelles contrevenait la déclaration précipitée du président Trump. Il s’est donc rétracté : « Ils [les Iraniens] ont le droit de tuer nos ressortissants […] et, selon diverses lois, nous sommes censés être prudents avec leur héritage culturel…, a-t-il déclaré devant le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis. Mais si c’est la loi, j’aime respecter la loi. » Sans doute, sans doute, Mister President

Ce qui effraie aujourd’hui, c’est que les dirigeants des grandes démocraties occidentales se sentent autorisés à prôner le même vandalisme que celui des « barbares » qu’ils combattent.

Nicolas Chaudun

Il n’en demeure pas moins que l’emportement initial met en évidence cette vérité maussade : le patrimoine culturel, dès lors qu’il ne peut faire l’objet d’un commerce et donc d’un pillage, ne vaut rien de plus que la poussière de ses ruines. Les flibustiers du fanatisme religieux l’ont démontré à Bamyan, à Mossoul, à Palmyre… Ce qui effraie aujourd’hui, c’est que les dirigeants des grandes démocraties occidentales se sentent autorisés à prôner le même vandalisme que celui des « barbares » qu’ils combattent. Et ce qui désespère, c’est que, dans l’ombre du Grand Satan, de petits satans, en Europe, et chez nous surtout, s’emploient petitement à détricoter les dispositifs protecteurs de ce patrimoine. Comment leur faire comprendre, à ceux-là, que l’héritage culturel n’est pas une variable d’ajustement ? Qu’il ne peut se nourrir de déclarations fracassantes et de hérauts médiatiques ? Que sa préservation n’a besoin que d’une chose : un engagement ferme et définitif, aussi définitif que le serait son anéantissement sous les bombes ?

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