Incertitudes autour de la gare du Nord

Par Aliénor Harzo

Date de publication : 17/01/2020

L’avenir du bâtiment de Jacques-Ignace Hittorff est toujours bien incertain… D’autant plus qu’à l’approche des élections municipales, le projet de rénovation et d’agrandissement de la gare du Nord, première gare d’Europe en nombre de voyageurs, est devenu très politique.

Désigné par un jury en décembre 2018, le projet de 600 millions d’euros est porté par la SNCF et Ceetrus, la filiale immobilière du groupe Auchan. Cette dernière le finance et obtient en contrepartie une concession de 42 ans sur les commerces que prévoit le programme. Le but : rendre son lustre à la gare et désengorger les flux de passagers d’ici les Jeux olympiques de 2024. Bien. Sauf que l’entreprise prévoit de presque doubler les surfaces construites – passant de 75 000 à 136 000 m2 dans un quartier déjà très dense – et fait la part belle aux commerces, restaurants, bureaux, salle de spectacle…

Depuis, de nombreuses voix se sont élevées contre ce projet immobilier y compris celle de la Mairie de Paris – qui faisait pourtant parti du jury qui l’a choisi mais qui s’y oppose depuis l’automne 2019. Multiples, les critiques dénoncent sa densité, sa dimension trop commerciale : néfaste pour le quartier et défavorable aux usagers. Qu’en est-il du bâtiment du XIXe siècle ? Si l’architecte Denis Valode – du cabinet Valode et Pistre choisi pour la maîtrise d’œuvre – a déclaré « s’attacher à restaurer et à mettre en valeur le patrimoine exceptionnel », de nombreux architectes, urbanistes et historiens de l’art considèrent que ce projet porte atteinte à la qualité patrimoniale de la gare.

Parallèlement à une enquête publique lancée en novembre 2019, deux rapports sur le projet ont été commandés par la Mairie de Paris pour « trouver des pistes d’amélioration qui conviennent à toutes les parties prenantes ». L’un est confié au cabinet de conseil suisse SMA, une référence en matière de systèmes ferroviaires, l’autre à quatre urbanistes – Pierre Veltz, Jean-Louis Subileau, Anne Mie Depuydt et Caroline Poulin.

Les experts sont unanimes : l’opération ne résout aucun problème, elle les aggrave. Pierre Veltz a déclaré que le projet pose « des problèmes majeurs en matière de congestion à l’intérieur et à l’extérieur de la gare, de sécurité des voyageurs, de sur-densification du quartier, de programmation inadaptée, de détérioration des conditions pour les voyageurs du quotidien ». Suite à la présentation de ces rapports le 6 janvier 2020, la Ville de Paris a émis « un avis défavorable sur le projet » auprès de la commission d’enquête publique. Enquête publique désormais close depuis le 8 janvier. Le rapport doit être remis au préfet de région, Michel Cadot, à qui il reviendra de délivrer ou non le permis de construire d’ici fin mars 2020. Décision susceptible d’entraîner le dépôt de recours.

De leur côté, la SNCF et Ceetrus ont déclaré qu’ils étudieraient les observations de la municipalité et celles versées à l’enquête publique, mais ils s’opposent d’ores et déjà à la réduction des surfaces commerciales qui bousculerait l’équilibre financier de l’opération. Malgré l’impatience de la présidente du conseil régional, Valérie Pécresse, qui juge irresponsable de remettre aujourd’hui en cause ce projet, on ne peut qu’espérer que le temps soit pris pour repenser raisonnablement ce programme. Affaire à suivre donc.

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