Les nouveaux jardins du palais des papes d’Avignon

Par Armelle Fémelat

Date de publication : 22/01/2020

Quelques jours après l’inauguration du 18 janvier 2020, Mirabelle Croizier se réjouit. « C’est un vrai défi d’avoir réalisé un jardin contemporain au pied du palais des papes, le plus grand palais gothique conservé ! Le plus difficile à gérer a été la différence d’échelle entre les trois minuscules jardins et la façade hyper monumentale qui les borde. » L’architecte du patrimoine a élaboré, à partir de 2014, le projet confié à l’agence de l’architecte en chef des Monuments historiques Didier Repellin. Aucun des cinq projets s’étant succédé entre les années 1920 et les années 1990 n’ayant abouti, la mission avait de quoi faire peur.

« Au départ, c’était délicat et intimidant. Les trois surfaces petites et étroites à aménager semblaient étriquées au pied d’un bâtiment aussi haut » confirme Antoine Quenardel, le paysagiste chargé du projet et de son suivi. « On ne voulait surtout pas dessiner un jardin dont la forme aurait pu évoquer une restitution, étant donné que ni l’archéologie ni les archives n’ont fourni d’éléments documentant la forme de ces jardins. » Heureusement, la palette végétale du jardin médiéval avignonnais est, elle, bien connue grâce aux sources.

C’est un vrai défi d’avoir réalisé un jardin contemporain au pied du palais des papes, le plus grand palais gothique conservé !

Mirabelle Croizier

Ce n’est en réalité pas un jardin mais trois qui ont été plantés, fidèles à la disposition d’ensemble, respectivement baptisés Jardin du Pape, Jardin du Palais et Verger Urbain V. Chacun avec son milieu, ses attentes et ses usages. Fragile et raffiné, le premier, intégré à la visite de l’édifice, est un jardin d’ombre doté d’une fontaine et de bandes plantées d’essences médiévales traversée par une noue végétalisée, vestige du système d’irrigation médiéval. Le deuxième est à l’inverse un jardin sec, de rocaille et d’essences de garrigue, ménagé au pied du bâtiment afin de révéler la géologie. Enfin, au niveau inférieur, dans le Verger Urbain V qui est un jardin public très fréquenté, se déploient des espèces résistantes et florifères .

Résolument contemporains ces jardins, à la fois restauration et création, ont été conçus à la faveur de l’histoire des lieux et de leur imbrication avec le bâti. « À aucun moment on a pensé rivaliser avec la façade, se souvient Mirabelle Croizier. On a pris le parti de conserver les arbres et de ne pas en replanter de manière à dégager et mettre en valeur cette façade, très pure et très graphique. Le dialogue avec l’architecture se fait au moyen de bandes végétales qui rappellent les modénatures et les contreforts du palais gothique. Les pergolas d’acier corten du jardin haut permettent quant à elles de rythmer l’espace tout en rappelant le déambulatoire qui ceinturait à l’origine le jardin clos du pape. » Une belle démonstration de la sensibilité et des méthodes de la nouvelle génération à l’œuvre dans les jardins historiques.

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