Du rififi autour du Potager de Versailles

Par Sophie Humann Journaliste

Date de publication : 10/02/2020

Depuis deux ans, une polémique enfle au sujet du Potager du roi de Versailles. Certaines voix s’élèvent pour dénoncer son délabrement et sa gestion hasardeuse quand d’autres défendent le travail de l’École nationale supérieure du paysage (ENSP) qui en a la responsabilité.

En décembre 2019, une nouvelle bataille se livrait par voie de presse entre deux de nos confrères du Figaro et du Monde. Le premier, il est vrai, n’avait pas ménagé ses effets, n’hésitant pas à parler « d’agonie, de squelettes d’arbres morts, de murs effondrés, de jardins à l’abandon ». Le second, convoqué à une conférence de presse organisée en urgence par le directeur de l’ENSP pour défendre son bilan, reprochait au premier d’avoir mis de l’huile sur le feu et s’appuyait sur une réflexion du paysagiste Gilles Clément qui reproche aux critiques leur « vision fixiste de ce qu’est la gestion d’un jardin ».

Il serait dommage de réduire la vie et l’avenir de ce jardin exceptionnel à une énième querelle entre Anciens et Modernes. C’est du reste ce que le livre blanc rédigé par l’Association des amis du Potager du roi essaie d’éviter, en proposant plusieurs pistes de réflexion pour l’avenir, basées sur des observations concrètes et les avis de nombreux experts, dont les jardiniers Jacques Beccaletto, ancien responsable des cultures du Potager du roi, et Denis Retournard, ancien responsable de la collection fruitière du Luxembourg, le paysagiste Louis Benech, ou encore Sophie Lemonnier, directrice du patrimoine et des jardins au château de Versailles.

Une visite au potager suffit à l’amateur de verger pour constater que, s’il est certes loin d’être à l’agonie, il n’est plus l’extraordinaire conservatoire de formes fruitières héritées du XIXe siècle qu’il fut. La formation des jeunes poiriers a été trop hâtive, beaucoup de vieux arbres devraient être remplacés, trop de murs sont nus, les pêchers n’ont pas été bien taillés… Quant aux élégantes lignes héritées du potager XVIIe de La Quintinie, elles s’effacent peu à peu… au profit de zones de compostage et d’un espace destiné aux légumes asiatiques.

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