Suze-la-Rousse : capitale du jeu de paume

Par Maïlys TRUBERT

Date de publication : 15/02/2020

Le château de Suze-la-Rousse en Drôme provençale possède les rares vestiges d’un terrain de jeu de paume du XVIe siècle. Plus ancien et dernier « jeu à dedans découvert » en Europe, il fait l’objet de fouilles archéologiques depuis 2015. Le 25 janvier 2020, le Conseil départemental de la Drôme, propriétaire du château, a consacré une journée d’études à l’histoire des sports de raquettes et aux moyens de valoriser ce patrimoine.

« Jeu des rois et roi des jeux », le jeu de paume est le sport incontournable de la Renaissance. Pratiqué par les gentilshommes comme par les moines et les gens du peuple, il tire son nom de la « paume », la partie de la main, nue ou gantée de cuir, avec laquelle se renvoyait l’esteuf, la balle en étoffe, avant que n’apparaissent le battoir et la raquette. D’abord joué en plein air, en utilisant les rebonds des murs et des toitures, de nombreux châteaux lui ont dédié des salles, dont celui de Suze-la-Rousse.

C’est dans la garenne de cette forteresse du XIIe siècle, transformée en demeure de plaisance à la Renaissance, que se trouve le terrain rectangulaire de courte paume. Il aurait été aménagé, « en trois jours et trois nuits », par François de La Baume-Suze, chef des troupes catholiques du Bas-Dauphiné en l’honneur de la venue en septembre 1564 du roi Charles IV, alors âgé de 14 ans, de sa mère Catherine de Médicis et de la cour. Y sont toujours visibles l’oculus, pour renvoyer les balles perdues dans la garenne, ainsi que l’une des trois galeries où se tenaient les spectateurs.

De proportions similaires à celui construit pour Henri II au Louvre (33,7 sur 10,6 mètres), le terrain de Suze-la-Rousse comprend quatre murs de 5 mètres. Un géo-radar a mis au jour en 2017, sous la corde, un drain d’évacuation des eaux de pluie tandis que les traces de pigment rouge sur des fragments de carreaux ont permis d’éclairer la composition du dallage.

Chaque été, le terrain accueille des spectacles, renouant avec la tradition des salles de jeu de paume comme lieu de représentations théâtrales. Et lors des journées du Patrimoine, il retrouve son animation d’antan lorsque les murs résonnent des rebonds des balles des participants qui s’initient au jeu de paume.

Missionnés par la Conservation départementale du patrimoine de la Drôme, l’archéologue Guillaume Roquefort et l’historien du sport Serge Vaucelle ont étudié l’ensemble des significations politiques, sociales et culturelles attachée à cette activité physique. Symbole d’un art de vivre aristocratique, elle est à l’origine de nombreuses expressions : « prendre la balle au bond », « rester sur le carreau », « peloter » et même « tomber à pic » !

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