Le mirage hypocrite d’un éolien harmonieux

Par Armelle Fémelat

Date de publication : 17/02/2020

Le 14 février 2020, les représentants de différentes associations de défense de l’environnement et du G8 patrimoine se sont retrouvés autour de Madame Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État au sein du ministère de la Transition écologique et solidaire, pour s’entretenir notamment du « développement harmonieux de l’éolien », dans les termes exacts de l’intitulé de l’invitation qui leur a été adressée.

Si les représentants de certaines associations anti-éolien ont cru bon de décliner l’invitation, d’autres ont jugé important et utile de se rendre à la réunion, à l’issue de laquelle elles appellent à « l’application pleine et entière de la Charte de l’Environnement (loi constitutionnelle du 1er mars 2005), passant par une programmation pluriannuelle de l’énergie inspirée de la proposition alternative déposée le 17 janvier 2020 et par des réponses convenables aux 23 demandes formulées par certaines de nos organisations ». L’entrevue intervient en effet un peu moins d’un mois après le dépôt de la proposition alternative à la PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie 2019-2028), cosignée par quelque 2000 associations représentées par leurs fédérations nationales et leurs collectifs régionaux et qui semble être restée lettre morte à ce jour, ou à peu près. Les associations présentes ont également demandé à nouveau un moratoire de longue durée sur l’éolien, terrestre et maritime, y compris offshore.

Administrateur de Sites & Monuments et co-secrétaire de Toutes nos énergies Occitanie Environnement, Bruno Ladsous a souligné la confusion entre urgence climatique et production d’électricité intermittente, ainsi que le risque encouru de ruine environnementale sans garantie en matière de trajectoire carbone. Dénonçant la violence et la brutalité de projets éoliens imposés et subis, insistant sur la colère des populations et sur la passivité de l’autorité préfectorale, Bernadette Kaars et Elisabeth Gauthier (respectivement présidente de Vent d’Anjou et secrétaire générale de Vent de Colère) ont demandé à ce que les dispositions générales du code de la Santé publique soient étendues à l’éolien. Elles ont également appelé à une meilleure application des réglementations, que Daniel Steinach (président de Vent de Colère) voudrait voir élargie aux projets situés dans des parcs naturels régionaux (PNR). Ce dernier a également réclamé davantage de transparence financière, notamment sous forme de publication des aides de l’État aux énergies renouvelables.

S’interrogeant sur la légitimité de l’éolien au regard des enjeux climatiques et de la notion de mix énergétique, le vice-président de la Demeure historique, Patrice Cahart, a rappelé les conséquences néfastes pour le paysage de l’implantation de générateurs toujours plus hauts. Il souhaite que les distances d’éloignement des machines soient recalculées, que le mitage soit évité et les appels d’offres généralisés. Après avoir mis en évidence un défaut de crédibilité de l’autorité de l’État et regretté l’absence de vue d’ensemble et d’harmonisation des décisions préfectorales, Francis Monamy (administrateur des VMF) a dit l’urgence d’une planification et l’établissement de nouvelles procédures de consultation. Il a en outre plaidé en faveur du prérequis de l’accord d’un architecte des Bâtiments de France (ABF) pour tout projet éolien situé à proximité d’un monument historique et appelé à la définition d’un nouveau périmètre calculé à l’aune de la hauteur des machines. Enfin, Benoît de Sagazan, vice-président de Patrimoine-Environnement a réclamé l’effectivité du dialogue entre ministères de la Transition écologique et de la Culture, prévu depuis 2017…

Ayant affirmé sa volonté d’être plus directive vis-à-vis des porteurs de projets éoliens, la secrétaire d’État a validé la mise en place d’un groupe de travail dédié aux nuisances sonores et à leur contrôle confié aux responsabilités préfectorales. Faisant la promesse de travailler aux 23 demandes techniques émises par les associations le 17 janvier 2020 pour encadrer l’éolien existant, Emmanuelle Wargon a en outre invité les associations présentes à participer aux discussions du groupe de travail rassemblé autour du paysage (en concertation avec le ministère de la Culture). Ce groupe travaille aux questions de la planification du développement éolien, prétendument rendue prescriptive et opposable – ce qui serait une excellente chose si c’est effectivement le cas ! -, et à la définition d’une doctrine nationale sur la protection des paysages, en y incluant une réflexion spécifique sur les PNR.

Moins réjouissante en revanche, la déclaration d’Emmanuelle Wargon selon laquelle « toutes les décisions ont été prises au sujet des contenus de la PPE, à quelques nuances près ». Ce, au mépris de l’alternative au PPE proposée par les associations et en dépit de la consultation publique en cours ainsi que de la déclaration d’Emmanuel Macron (14 janvier 2020). La secrétaire d’État et la directrice de l’énergie à la direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), Sophie Morlon, ont rappelé leur conviction que l’éolien est nécessaire au mix énergétique au regard du nucléaire et de l’hydraulique, à la faveur de ses prétendues qualités : maturité technologique, coût en baisse et absence d’émission de gaz à effets de serre.

Le ministère de la Transition énergétique et solidaire a beau déclarer travailler sur la réduction des consommations d’énergie ainsi que sur l’affectation de moyens importants dévolus à la rénovation énergétique des bâtiments et aux transports alternatifs, la prudence reste de mise et la vigilance de rigueur ! Une attention toute particulière devra être portée à la décision prochaine de généralisation des appels d’offres ainsi qu’à la prise en compte de l’accroissement exponentiel des générateurs dans le traitement de la question de l’éloignement. À bon entendeur…

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