Douvrin détruit sa piscine Tournesol

Par Armelle Fémelat

Date de publication : 24/02/2020

Depuis quelques semaines, la piscine Tournesol de Douvrin, petite commune du Pas-de-Calais, est en cours de destruction, avec la bénédiction de la municipalité qui en est propriétaire. Certes, cet équipement public aux airs de soucoupe volante était à l’abandon depuis plus de quinze ans, car plus aux normes et en piètre état de conservation… comme d’ailleurs la grande majorité des piscines Tournesol subsistantes. Des solutions de reconversion auraient pourtant peut-être pu être trouvées… si tant est que quelqu’un en ait émis l’idée en sus d’Hugo Alexandre, étudiant en Master Gestion du patrimoine culturel de l’université d’Artois, auteur d’un projet de reconversion pour la piscine Tournesol de Poix-de-Picardie.

Au courriel envoyé à la mairie le 16 décembre 2019 pour solliciter un rendez-vous de sensibilisation à l’intérêt de cet édifice remarquable, le jeune homme s’est vu répondre, par le directeur du service de la communication, Grégory Delwal : « La piscine Tournesol, construite à Douvrin en 1975, est actuellement en très mauvais état et représente un danger pour les élèves du collège et les riverains qui arpentent les rues adjacentes à l’édifice. Aussi la ville de Douvrin a souhaité réaménager et embellir son entrée de ville en offrant aux habitants des services adaptés à leur besoin. Cette piscine, son architecture et son emplacement ne correspondent pas au projet exprimé par les habitants et porté par la municipalité. […] L’état de délabrement du bâtiment, sa construction chargée en amiante et les normes de sécurité actuelles ne permettaient pas d’envisager une nouvelle destination. »

Resté lettre morte aussi, le deuxième courriel du jeune homme à Grégory Delwal en date 23 décembre 2019, dans lequel il demande un accès aux archives et leur versement aux archives départementales ainsi que le sauvegarde de certains éléments de la structure architectonique, dans la perspective notamment de « les réutiliser pour d’autres équipements. En particulier la poutre circulaire installée au point sommital de la coupole. Seul élément dans un état sanitaire correct, qui illustre parfaitement l’intérêt d’un système technologique, novateur à l’époque, permettant l’ouverture de la coupole. »

« La destruction de cette piscine a sans doute peu d’intérêt pour certains. Seulement, elle touche bon nombre de personnalités en réalité… s’émeut Hugo Alexandre. Je trouve qu’on devrait avoir plus de reconnaissance envers les piscines Tournesol. Chacune d’entre elles dégage une mémoire locale différente. Quand je parle des Tournesol, en général la personne en face de moi me dit qu’elle a appris à nager dans l’une d’entre elles et qu’elle est nostalgique de cette époque. Et si la personne n’y a pas appris à nager, elle connaît sûrement une ville ou un village qui a accueilli ce type d’édifice. Il faut essayer de se battre pour maintenir la Tournesol de son territoire, elle nous a appris à nager tout de même ! »

Même si les Tournesol sont aujourd’hui obsolètes et dégradées, il demeure fondamental pour lui de rénover et de conserver quelques-unes des 110 Tournesol encore existantes sur les 179 construites en France entre 1971 et 1981. Et le jeune homme d’insister sur l’intérêt architectural de ce qui fut aussi une prouesse technique et industrielle, reconnue comme telle en 1979 lorsque Bernard Schoeller remporte le concours lancé dans le cadre de l’opération nationale « 1000 piscines » (qui prévoyait à l’origine l’installation de 1000 équipements nautiques sur l’ensemble du territoire national).

La qualité patrimoniale de cet objet architecturé et industrialisé – qui doit son nom à sa conception héliotrope et à la forme de sa toiture escamotable, une coupole autoportée en treillis d’acier – ne fait plus aucun doute : trois d’entre elles ont été labellisées « Patrimoine du XXe siècle » et une maquette est conservée à la Cité de l’architecture. Ces piscines sont par ailleurs autant de témoignages d’une histoire sociale, culturelle, politique et économique. « L’un des derniers symboles de l’engagement de l’État avant la première vague de décentralisation » pour Hugo Alexandre, symbole des Trente Glorieuses et témoignage saisissant d’une volonté politique ambitieuse en même temps que la matérialisation d’une mémoire locale.

Sans nier les problèmes liés aux piscines Tournesol et les efforts nécessaires pour les conserver, Hugo Alexandre reste positif : « En reconvertissant ce type d’édifice qui a servi dans les années 1970 à façonner l’image d’un territoire, il est possible aujourd’hui de refaire de la piscine Tournesol la vitrine de sa collectivité. » Comme cela est détaillé sur le site Vies & mort des piscines Tournesol, certaines ont déjà fait l’objet de rénovations et d’extensions à Grigny, Mauguio, Blois, Sens ou Lingolsheim. Et des reconversions sont également possibles : en patinoire, lieux d’exposition ou de spectacles vivants, entre autres.

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