Le bâtiment du CIC Nancy-Laxou en grand péril

Par Aliénor Harzo

Date de publication : 07/03/2020

Depuis plusieurs mois, des architectes, historiens, universitaires, professionnels du bâtiment et résidents du Grand Nancy, réunis en collectif, se battent pour éviter la destruction du bâtiment du CIC Nancy-Laxou. Propriété du CIC-Crédit mutuel, le groupe bancaire invoque des problèmes de structure et d’affaissement des dalles, pour justifier la demande de permis de démolir déposée en septembre 2019. Le bâtiment serait remplacé par un autre, « plus adapté aux besoins futurs ».

Cet édifice, situé sur la commune de Laxou à l’entrée de Nancy, a été bâti en 1972 pour accueillir le siège de la Société nancéienne de crédit industriel (SNCI), devenue le CIC-Crédit mutuel. Il a été conçu par les architectes Jacques (1904-1985) et Michel André (1905-1975), ainsi que le fils de ce dernier, Jean-Luc André, et est doté de panneaux de façades de Jean Prouvé (1901-1984). Labellisé « Architecture contemporaine remarquable » en 2016, il est qualifié par ses défenseurs d’ « audacieux par sa forme pyramidale et par sa structure alvéolaire évolutive, et novateur par ses panneaux de façades mis au point avec Jean Prouvé. Il est aussi un témoignage significatif de l’histoire régionale de la banque Société nancéienne Varin-Bernier (SNVB) et porte une dimension mémorielle forte du lien qui unissait autrefois la banque et l’industrie du fer. »

Le comité de défense multiplie les actions pour tenter d’éviter la destruction de cet élément du patrimoine lorrain : rencontre avec la maire de Laxou, visite des locaux, dialogue avec le CIC, recours contre le permis de démolir… Dernière action en date : une lettre ouverte adressée au président du Crédit mutuel, Nicolas Thery, lui demandant de « donner une seconde vie à cet édifice remarquable ». Elle est signée par plusieurs associations, dont les Archives modernes de l’architecture lorraine (AMAL), l’Association pour la documentation et la conservation des édifices et sites du mouvement moderne (Docomomo) et la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France (SPPEF).

La menace qui plane sur cet édifice, pourtant labellisé « Architecture contemporaine remarquable », pose de sérieuses interrogations sur la force de ce label et le niveau de protection qu’il est susceptible d’apporter. Plus généralement, c’est sur le rôle de nombreux labels, déployés massivement par le ministère de la Culture, que l’on peut se questionner. Dans un précédent article, nous avions déjà exprimé notre inquiétude sur le possible développement de différents niveaux de protection et cela semble en effet en prendre le chemin…

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