Avis favorable pour le projet de la gare du Nord, une bonne nouvelle ?

Par Armelle Fémelat

Date de publication : 12/03/2020

Dernier épisode en date de la série « Incertitudes autour de la gare du Nord »  : le rapport de l’enquête publique (lancée en novembre 2019 et officiellement close le 8 janvier) a été remis ce jour au préfet de la région Ile-de-France. Avec à la clef, un avis favorable à la délivrance du permis de construire émis à l’unanimité par les trois rapporteurs, Sylviane Dubail, Jean-François Lavillonnière et Daniel Tournette.

Cet avis advient dans un contexte tendu et après celui défavorable, émis en janvier 2020, par la Mairie de Paris sur la base des conclusions concordantes des deux enquêtes menées parallèlement par le conseil suisse spécialisé dans les systèmes ferroviaires SMA, et par les urbanistes Pierre Veltz, Jean-Louis Subileau, Anne Mie Depuydt et Caroline Poulin. S’écartant de l’avis favorable émis par le Conseil de Paris quelques mois auparavant, la Mairie s’est en effet ralliée au cours de l’hiver aux arguments avancés par divers élus, architectes, urbanistes, associations et citoyens mobilisés en nombre contre ce projet d’aménagement et d’extension.

Pour le moins clivant, ce mégaprojet de 6 000 millions d’euros (à la charge exclusive de la filiale immobilière Ceetrus du groupe Auchan, partenaire de la SNCF) qui prévoit de presque doubler les surfaces construites, notamment pour y loger commerces, bureaux, restaurants et salles de spectacle, a en effet déjà reçu les avis favorables du Conseil de Paris, en juillet 2019, et de la CNAC (Commission nationale d’aménagement commercial), en octobre 2019.

S’il conclut en affirmant que le projet de réaménagement porté par Gares & Connexions et Ceetrus « est indispensable pour lui permettre de faire face aux enjeux de l’augmentation du nombre de voyageurs et ainsi la faire apparaître comme une gare moderne », curieusement, le rapport de l’enquête publique ne creuse guère la question de la légitimité de la création d’un giga centre commercial (de plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés) au-dessus des voies ferroviaires. Il s’appuie sur le postulat selon lequel les nouveaux services, activités et commerces ne pourront qu’améliorer le confort et la sécurité des quelque 700 000 usagers quotidiens de la gare parisienne.

Et plus préoccupante encore est la question de l’amélioration du flux des voyageurs, dont le rapport ne propose pas de véritable analyse. Pour répondre aux critiques formulées par les experts du conseil SMA mandatés par la Mairie de Paris, il est affirmé que « le projet apporte une amélioration au fonctionnement du pôle multimodal gare du Nord dans son environnement urbain » à la faveur notamment d’un doublement des connexions entre gare souterraine et gare de surface, amené à simplifier les parcours pour les usagers. Actant qu’il s’agit « d’un projet essentiellement tourné vers les voyageurs des grandes lignes », les enquêteurs admettent toutefois que la problématique de la gestion globale du trafic devra être approfondie, en particulier s’agissant des « voyageurs du quotidien »

Autre point faible du projet, les conséquences sociales, urbanistiques et patrimoniales de l’extension de la gare sur le quartier, qui fédèrent les opposants en nombre, dont ceux regroupés dans l’association Retrouvons le nord de la gare du Nord. « Le point fondamental, sur lequel il convient de progresser, est la création d’un lien fort entre la ville et une véritable ouverture de la gare sur le quartier », reconnaissent les enquêteurs. Ce qui signifie que tout reste à faire afin de « permettre de créer ce lien indispensable de la gare avec son environnement ». Reconnaissant que « le projet n’est pas encore pleinement partagé par toutes les parties prenantes », le rapport assortit son avis de cinq recommandations – en rien contraignantes –, en particulier renouer le dialogue avec la Ville de Paris, poursuivre les réflexions engagées autour du « 1 % social et solidaire » et le travail avec « les associations en charge des personnes en situation d’errance ».

Prochain épisode de cette saga de la gare du Nord, décisif puisque conclusif, dans deux mois maximum ! Le temps du délai imparti au préfet Michel Cadot pour délivrer, ou non, le permis de construire. S’il est évident que des pressions politiques ne vont pas manquer de s’exercer, et que des voix discordantes sauront se faire entendre, il est vraisemblable que le couperet ne tombera qu’après les municipales. Opposant patenté au projet, l’adjoint à la maire de Paris chargé de l’urbanisme, Jean-Louis Missika, avait rendez-vous avec le préfet d’Île-de-France dès ce matin…

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