Granville ne s’embarrasse pas avec le patrimoine !

Par Aliénor Harzo

Date de publication : 20/03/2020

À Granville (Manche), ce qui reste du domaine de la Horie risque d’être sacrifié, au profit d’un projet immobilier ne respectant absolument pas l’âme de ce site historique. Les responsables ? Le propriétaire, une association peu soucieuse d’honorer les conditions attachées au legs dont elle a bénéficié, et des élus qui font fi de l’histoire et du patrimoine.

Le manoir de la Horie fut construit entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, par Louis-Jacques Epron de la Horie (1768-1841), corsaire puis Capitaine de frégate sous l’Empire. Cette grande propriété – qui possédait également une ferme – se compose de nombreuses dépendances, d’une chapelle, d’un parc boisé planté d’arbres centenaires et clos de murs, ainsi que d’un champ en bordure de littoral. Il s’agit d’un témoignage rare de l’histoire maritime granvillaise. Mais située face à la mer, sur une parcelle de plus d’un hectare, c’est aussi une aubaine pour les promoteurs immobiliers peu scrupuleux qui ont récemment acquis la propriété.

Le sort réservé à ce domaine, avec la complicité de la Ville, est révoltant. Démolition de toutes les dépendances, abattage d’un grand nombre d’arbres – le parc était pourtant un espace boisé classé (EBC), mais la révision du plan local d’urbanisme (PLU) en 2017, voté par le conseil municipal, a défini un nouveau périmètre, diminué bien sûr. La Ville mène sa politique patrimoniale plus que discutable en dépit de l’avis défavorable de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS), qui s’est prononcée à l’unanimité contre l’abattage des arbres centenaires du parc.

Plusieurs permis de construire ont été délivrés et d’autres sont encore à l’étude, le site de la Horie faisant l’objet d’une Orientation d’aménagement et de programmation (OAP) qui prévoit la construction de nouveaux logements pour accueillir de nouveaux habitants sans étalement urbain. Le démantèlement du domaine a bel et bien commencé… La démolition de la maison de maître ne semble pas programmée pour l’instant mais elle serait absorbée par un ensemble de constructions.

Si nous avons récemment mis à l’honneur « ces maires qui portent le patrimoine en écharpe », Madame le maire de Granville, Dominique Baudry, n’en fait certainement pas partie. Au contraire, ce qui se passe dans l’ancienne cité corsaire, nous rappelle à quel point ces élus qui résistent aux pressions et préservent leur patrimoine se font rares.

Plus rien n’arrêtera la machine sauf une procédure de classement d’urgence.

Catherine De Vos

Plusieurs associations locales, à la tête desquelles Vie et mémoires du vieux Granville, fondée en 2006 par Catherine De Vos, multiplient les démarches contre ce projet : interventions auprès du maire, recours contre la modification du PLU et contre les permis de construire attribués, demande de protection auprès de la Drac… malheureusement sans succès. Alors existe-il encore une solution pour éviter l’imminent massacre du domaine de la Horie ?

Selon Catherine De Vos, « plus rien n’arrêtera la machine sauf une procédure de classement d’urgence, ce qui permettrait une réflexion sur une nouvelle destination pour ce domaine ». En effet, lorsque la conservation d’un bien immeuble est menacé, le ministre de la Culture peut prendre une décision d’instance de classement. Une telle décision place le bien sous le régime du classement pendant 12 mois, laissant aux services de l’État et aux commissions consultatives le temps d’examiner l’opportunité d’une décision de protection définitive. Mais il faudra plus que la mobilisation d’associations locales pour parvenir à un tel dénouement…

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