Le grand projet de Patrick Devedjian

Par Nicolas Chaudun

Date de publication : 01/04/2020

Les médias l’ont relayé sans relâche : Patrick DevediIan a succombé dans la nuit de samedi à dimanche 29 mars au virus qui nous obsède. La classe politique lui a rendu un hommage unanime. C’est l’usage, certes, mais observé ici sur un mode plus vibrant, teinté de cette déférence primitive que forçaient les vieux chefs tombés les armes à la main. « Nous ne l’oublierons pas », a soufflé une conseillère du département des Hauts-de-Seine.

Ne l’oubliez pas, non ! Tout d’abord, parce que, loin des circonvolutions et des chausse-trappes du parcours politique, cet élu, maintes fois ministre, nourrissait une noble passion : l’art, notamment celui du Grand Siècle. Ainsi se démarquait-il d’un personnel politique ignare, et presque fier de l’être, le poids de l’Histoire et de la culture passant parmi ses rangs pour aveuglant et discriminatoire.

Et surtout, n’oubliez pas son projet ! Celui d’un musée du Grand Siècle, développé à partir des collections de Pierre Rosenberg, président du musée du Louvre de 1994 à 2001. La conduite de ce vaste chantier avait été judicieusement confié à Alexandre Gady, professeur à la Sorbonne. Ledit projet marchait jusque-là tambour battant, bénéficiant notamment d’une politique d’acquisition ambitieuse, engagée par la présidence des Hauts-de-Seine. C’est, du reste, en arpentant les allées de la foire international d’art de Maastricht, la Tefaf, qu’Alexandre Gady lui-même a contracté le virus – il s’en est fort heureusement relevé.

Le musée du Grand Siècle, comparable aux musées du Moyen-Âge, en l’hôtel de Cluny, ou de la Renaissance, au château d’Écouen, a élu domicile à l’entrée du parc de Saint-Cloud, dans l’ancienne caserne des Gardes du corps du roi, construite sous Charles X. Ce choix de Patrick Devedjian mettait fin à des lustres d’errance et de déshérence pour cet édifice noble, sobre… et fatalement méprisé. Tout comme la situation, le néoclassicisme strict des façades s’accorde à merveille, finalement, aux collections qu’il devrait abriter.

La disparition de l’initiateur du projet ne doit pas entrebâiller la porte aux repentirs, ni même au doute, alors que trois agences d’architectes viennent tout juste d’être appelées à concourir, alors que tant d’énergie a déjà été déployée… Le plus bel hommage, souvent, c’est la constance dans l’action.

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