Vaux-le-Vicomte en deuil de son meilleur ambassadeur

Par Armelle Fémelat

Date de publication : 01/04/2020

Le comte Patrice de Vogüé, s’est éteint, le 19 mars 2020, à l’âge de 91 ans. Son nom restera associé à celui de Vaux-le-Vicomte. Il passa en effet sa vie à faire revivre le château reçu de son père en cadeau de mariage, en 1967, qui le tenait lui-même de son oncle, Alfred Sommier. Mais dans les années 1960, l’édifice – que le présomptueux surintendant des finances de Louis XIV, Nicolas Fouquet, avait fait construire par Louis Le Vau au mitan du Grand Siècle et qui causa sa chute en 1661 – avait perdu de sa superbe. Aussi le jeune Patrice de Vogüé dut-il vite faire preuve d’ingéniosité pour entretenir ce joyau d’architecture classique, qui fut l’une des grandes affaires de sa vie. « Quatre-vingt trois ans que j’y vis, confiait-il à Florence Evin, dans Le Monde du 19 août 2011, j’en subis encore l’émerveillement. La perfection vous atteint en plein cœur. C’est à Vaux que Louis XIV a eu la perception d’une œuvre d’art complète ! »

N’ayant jamais manqué ni d’intuition ni d’audace, le jeune comte décida dès 1968 d’ouvrir le domaine au public. Il fut l’un des premiers propriétaires à le faire en France, il y a plus de cinquante ans maintenant ! « Mon père s’inquiétait souvent de l’avenir du château, racontait-il encore au Figaro en 2018. Je lui répondais toujours : on fera comme les Anglais, on ouvrira les portes au public. Ma grand-tante faisait déjà visiter les jardins de Vaux, que l’on doit à [André] Le Nôtre et qui attiraient près de 40 000 personnes par an. Nous ne pouvions pas en rester là, d’autant que le tourisme commençait à prendre son essor et que nous n’avions pas un sou en caisse. »

À force de travail et d’inventivité, Patrice de Vogüé et les membres de sa famille sont parvenus à restaurer l’intégralité de l’édifice et de son parc, situés à Maincy, en Seine-et Marne, à 50 km au sud-est de Paris. Non sans sacrifice parfois… Ainsi en 2005, le comte choisit-il de vendre les 21 volumes du Cabinet du roi (un ouvrage de luxe magnifiant le règne du Roi Soleil, confectionné par les imprimeries royales entre 1723 et 1727) pour financer la réfection de la toiture du château, qui s’étalera sur six années. Les Amis de Vaux-le-Comte, rassemblés en association dès 1983, n’ont pas non plus ménagé leur peine pour entretenir et rénover le domaine. Et Patrice de Vogüé put aussi compter sur la générosité de certains amis, tel le philanthrope américain Alexis Grégory qui, en 2016, rassembla les 450 millions nécessaires à la restauration du plafond peint par Charles Le Brun dans la chambre des Muses.

Aujourd’hui, ce sont plus de 300 000 visiteurs qui se pressent chaque année à Vaux-le-Vicomte, pour admirer son architecture classique, ses collections et la beauté de ses jardins à la française. Ses célèbres soirées à la chandelle, inaugurées dans les années 1980, sont devenues mythiques et continuent de faire rêver, tout comme les opéras donnés dans le parc.

S’il perd son meilleur ambassadeur, Vaux-le-Vicomte est néanmoins entre de bonnes mains. En gestionnaire avisé et en père attentionné, le comte de Vogüé avait en 2015 nommé cogérants ses trois fils Jean-Charles, Alexandre et Ascanio. Chacun d’eux était du reste déjà très impliqué dans la vie et la gestion du domaine. Tout est fait pour que Vaux-le-Vicomte continue de rester une belle histoire de famille.

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