Vers un désastre éolien dans les Aspres ?

Par Aliénor Harzo

Date de publication : 02/04/2020

Dans les Pyrénées-Orientales, un arrêté préfectoral du 28 février 2020 autorise l’implantation d’éoliennes sur le territoire de la commune de Passa, malgré une très forte mobilisation. Alors que de nombreux autres projets sont à l’étude dans la région, il est à craindre que, si celui-ci aboutit, d’autres suivent irrémédiablement…

De nombreux éléments du dossier laissaient pourtant penser que ce projet serait difficilement mené à terme. Il est en effet très controversé depuis le début : 12 des 19 villages de la communauté de communes des Aspres se sont prononcés contre le projet et l’enquête publique a récolté une majorité écrasante d’avis négatifs. Le commissaire enquêteur a notamment justifié son avis défavorable par l’absence de concertation territoriale globale.

C’est sur les premiers contreforts du Canigou, le territoire des Aspres, que la société Éléments prévoit l’implantation des six éoliennes, mesurant 132 à 152 mètres de haut. Dans cette zone assez aride, la présence du parc éolien rendrait plus difficile la lutte aérienne contre les incendies de forêt. Il induirait également de profondes modifications du paysage, dans un secteur à fort attrait touristique. En prime, l’implantation aurait un impact sur la biodiversité de 119 espèces…

Cette décision étonne d’autant plus que, dans l’Hérault, le projet de Pézènes-les-Mines a été retoqué à cause des risques pour la faune et la flore, soit quelque 95 espèces protégés. Dans les Aspres, les dérogations ont malgré tout été accordées. « Le projet répond à un intérêt majeur dans le cadre de la politique énergétique française », se justifie la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement). Les pouvoirs publics semblent donc distribuer des dérogations sans aucune considération pour la biodiversité, au mépris de la perte exponentielle de nombreuses espèces, et cela au nom de l’intérêt public.

Le collectif d’opposants aux parcs éoliens, Le Vent tourne, dénonce l’autorisation préfectorale et a l’intention d’attaquer la décision en justice. Il dispose d’un délai de deux mois pour contester la décision du Préfet.

Les communes de Banyuls-dels-Aspres et Brouilla sont également menacées, Engie ayant déposé une demande d’exploitation pour six éoliennes d’ici l’été 2020. Par ailleurs, les sociétés Éléments, Engie et EDF-EN ont des vues sur bien d’autres communes – dont Terrats, Vivès, Saint-Jean-Pla-de-Corts, Le Boulou et Caixas. En multipliant ainsi les projets éoliens dans Les Aspres, la région Occitanie affirme sa volonté de devenir la première région à énergie positive. Elle prétend pouvoir parvenir à multiplier par quatre la puissance éolienne installée d’ici 2030…

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