Joinville : un couvent reconverti au patrimoine et aux territoires

Par Agathe Archambault

Date de publication : 14/04/2020

Fondé au XVe siècle, le couvent des Annonciades célestes de Joinville s’apprête à tourner une nouvelle page de son histoire avec le lancement d’un vaste programme de restauration. Mais aussi de deux ambitieux projets autour des enjeux communs au patrimoine, à la création architecturale et au développement local.

« C’est le bonheur intérieur brut de chaque lieu qui est valorisé quand on ose la préservation puis la mise en valeur », peut-on lire sur le site internet qui accompagne la restauration de cet ancien couvent de la Haute-Marne. Cela pourrait être aussi la devise des deux passionnés d’architecture, Anthony Koenig et Noomane Fakhar, qui viennent de racheter ce lieu qu’ils veulent voir renaître en tant qu’espace de réflexion sur les nouveaux enjeux du patrimoine.

Fondé vers 1555 par Antoinette de Bourbon, épouse du premier duc de Guise, Claude de Lorraine, le couvent des Annonciades célestes a d’abord abrité durant deux siècles un prieuré de bénédictines, avant d’être détruit par un incendie et reconstruit à partir de 1760. Le bâtiment que l’on peut admirer aujourd’hui, avec ses deux ailes de style classique et son oratoire entourés d’un grand parc, sont des vestiges de cette campagne de construction de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le lieu renaîtra toutefois de ses cendres dès 1840 avec l’installation d’une communauté d’Annonciades célestes, un ordre monastique féminin strictement cloîtré.

Classé au titre des Monuments historiques depuis 1994, le couvent est passé de mains en mains avant d’être acheté en 2019 par Anthony Koenig et Noomane Fakhar, auteurs en 2016 d’un livre sur Les châteaux et les demeures nobles en Moselle. Momentanément interrompue par le confinement, la restauration avait démarré par l’aménagement des jardins et la restauration des intérieurs.

Un appel aux dons via la Fondation du patrimoine est en cours pour financer la réparation des toitures de l’aumônerie et de l’oratoire. Et L’association du couvent des annonciades célestes de Joinville a également été créée pour fédérer une communauté de bénévoles œuvrant à la mise en valeur de ce patrimoine architectural religieux unique en Haute-Marne. Qui se veut aussi désormais un lieu de culture et d’évènements, comme en témoignent deux projets lancés en parallèle de la restauration.

« Puiser dans nos sources un élan constructif au service de l’embellissement pour tous » : telle est l’ambition de la nouvelle Fabrique du patrimoine initiée par l’association du couvent. Au programme : expositions, conférences et études, de manière à alimenter le dialogue « souvent absent ou caricaturé » entre patrimoine et création architecturale, tradition et modernité. Avec pour objectif affiché de s’inspirer de l’architecture d’hier pour imaginer celle d’aujourd’hui. Un blog photo du même nom a d’ores et déjà été lancé, qui recense des ressources pour « ennoblir et embellir nos cités et nos paysages ». 

La seconde initiative est quant à elle baptisée Clinique des territoires, un drôle de nom pour défendre une belle idée : « Préserver le patrimoine et les paysages, c’est aussi réparer nos territoires ! ». Avec le couvent des Annonciades comme lieu de « réflexion et d’expérimentation » autour des liens entre défis patrimoniaux, sociaux et environnementaux noués à l’échelle locale. Des enjeux très actuels qui se doivent de « fonctionner ensemble » selon les fondateurs de cette clinique qui proposent une médecine radicale : faire du cadre de vie patrimonial un « écrin » pour des « habitants et des activités économiques durables ». Deux projets aux belles intentions donc, à suivre attentivement…

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