Paul Mezzara sort de l’oubli

Par Aliénor Harzo

Date de publication : 14/04/2020

Jusqu’à maintenant, Paul Mezzara (1866-1918) était surtout connu en histoire de l’art pour avoir confié à Hector Guimard (1867-1942) la construction d’un hôtel particulier au 60, rue de la Fontaine, dans le 16e arrondissement de Paris. Pourtant, cet artiste décorateur et manufacturier en dentelles et broderies, fut un des membres fondateurs de la Société des Artistes décorateurs, dans laquelle il occupa très vite une place prépondérante. Le « beau Paul », ainsi que le surnommaient certains de ses contemporains, fut une figure majeure de la scène artistique et un acteur incontournable du renouveau des arts décoratifs français des années 1910.

L’auteur de cet ouvrage offre une biographie inédite de cet homme engagé. Bruno Montamat, historien en charge du patrimoine culturel au ministère de l’Éducation nationale, a reconstitué l’histoire complexe de la famille Mezzara grâce à plusieurs années de recherche. Il a mené un important travail d’investigation qui lui a permis de recenser et de regrouper les archives privées encore disponibles ainsi que de situer le commanditaire dans un contexte historique et social étendu à plusieurs générations. Et par la même occasion, l’auteur a mis en lumière de nombreux artistes parisiens, souvent méconnus et sous-estimés par l’histoire de l’art.

Après une préface de François Loyer, l’ouvrage s’articule autour des trois vies successives et très contrastées de Paul Mezzara, mettant ainsi en évidence la capacité de l’artiste à se renouveler en fonction des circonstances. D’abord peintre de paysage en Bretagne, sur l’île de Bréhat, il fut ensuite directeur de magasin d’art, spécialisé dans la production et la vente de dentelles, à Venise puis à Paris, et enfin défenseur d’un art social, rêvant de l’avènement d’une société nouvelle, en harmonie avec le décor de son cadre de vie.

En outre, l’ouvrage met l’accent sur l’hôtel Mezzara et le replace dans son contexte. Cette œuvre unique de Guimard n’a été classée au titre des Monuments historiques qu’en 2017, illustrant la lente patrimonialisation de cette architecture. Rejeté après la Première Guerre mondiale, le mouvement Art nouveau n’est redécouvert qu’à la fin du XXe siècle. En faisant ressurgir des limbes du passé un artiste injustement oublié, une telle étude vient utilement compléter et enrichir la connaissance de l’Art nouveau.

Paul Mezzara (1866-1919) : Un oublié de l’Art nouveau, par Bruno Montamat, Mare & Martin, 296 pages, 39 €

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