Au secours de l’ancien hôpital La Rochefoucauld

Par Aliénor Harzo

Date de publication : 12/05/2020

Situé dans le 14e arrondissement de Paris (15, avenue du Général-Leclerc), l’hôpital La Rochefoucauld a fermé ses portes en 2019. Ce site remarquable du XVIIIe siècle, géré par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), était à la disposition de l’association Aurore jusqu’en mars 2020. Il doit ensuite être occupé par le commissariat de police du 14e arrondissement jusqu’en 2022. Mais qu’adviendra-t-il ensuite de ce lieu ? Alors que le parc et les bâtiments risquent d’être bientôt vendus et, on le craint, défigurés, la Ville de Paris sauvera-t-elle cet ancien hôpital ?

À l’origine de l’hôpital La Rochefoucauld : la Maison royale de Santé, créée en 1780 grâce au Père Gérard. Le but de ce provincial de l’ordre de la Charité, était d’ouvrir un hospice pour les ecclésiastiques et les militaires dépourvus de fortune. Des dons, provenant principalement de l’Assemblée du Clergé de France, de la Couronne et de Madame de la Rochefoucauld-Doudeauville, permettent l’acquisition d’une demeure située à Montrouge, alors en pleine campagne. La construction de cet ensemble néoclassique est confiée à Jacques-Denis Antoine (1733-1801), architecte des hôpitaux de la Couronne et de l’ordre de la Charité, auteur de l’hôtel de la Monnaie. Il aménage un vaste parc (d’environ 2 hectares), offrant air pur et promenades aux pensionnaires. L’hospice ouvre en 1783.

De 1792 à 1825, plusieurs campagnes de travaux sont menées afin d’agrandir l’édifice. Par la suite, le parc est amputé à plusieurs reprises à partir de 1844 : création d’une voie de chemin de fer, percée de l’avenue René-Coty, construction de la Poste, puis de logements… Une vue dégagée sur l’hospice et son parc a toutefois été conservée jusqu’à aujourd’hui. Et, à l’arrière de l’hospice, s’élève encore le regard de Saux (regard n°25 de l’aqueduc Médicis venant d’Arcueil, construit au XVIIe siècle) qui a permis d’alimenter l’hospice en eau.

Les mesures de protection appliquées à cet ensemble exceptionnel semblent bien dérisoires. Si les bâtiments anciens et le regard de Saux sont inscrits à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, aucun élément intérieur des bâtiments n’est en revanche protégé. En effet, seules les façades et toitures de l’hospice et de ses communs sont protégées. Quant au parc, il est protégé par un plan local d’urbanisme au titre des espaces verts protégés, une protection malheureusement facilement réversible (comme on l’a déjà évoqué au sujet du domaine de la Horie, dans la Manche). Qu’autoriseraient ces protections insuffisantes ? Une vente à la découpe assortie d’un régime fiscal avantageux, l’implantation de constructions trop proches du bâti ancien, la surélévation des immeubles alentour, entre autres exemples de mauvais augure.

Nous créons l’association Sauvons La Rochefoucauld afin que ces lieux soient préservés de la promotion immobilière et conservent une fonction d’intérêt général.

Association Sauvons La Rochefoucauld

Dans le but de sauver cet ancien hôpital en péril, l’association Sauvons La Rochefoucauld s’est constituée fin 2019. « Nous créons l’association Sauvons La Rochefoucauld pour faire connaître, protéger et mettre tout en œuvre afin que ces lieux (bâtiments et jardins) soient préservés de la promotion immobilière et conservent une fonction d’intérêt général. » Mais que pensent donc les pouvoirs publics de tout cela ? En février, l’association a interrogé les candidats aux municipales sur l’avenir de l’édifice : si tous les candidats souhaitent que la ville rachète cet ensemble, leurs idées diffèrent quant à sa destination… Une mission de plus pour les dirigeants de la capitale ? L’avenir de l’hôpital La Rochefoucauld ne s’annonce guère heureux au vu du peu d’intérêt qu’ils ont manifesté jusque-là à l’égard du patrimoine public.

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