Éolien, l’impudence sans borne

Par Nicolas Chaudun

Date de publication : 15/05/2020

Depuis le 23 avril 2020, un décret encadre l’application de la loi de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) engageant le pays jusqu’en 2028. Nous avions réagi contre la « gouvernance de croupiers » qui, ne jouant qu’avec notre argent – et pas celui des industriels du secteur –, finira par couvrir le pays d’éoliennes géantes, sans plus d’efficacité que de précautions environnementales.

Environnementales, oui, car il n’y pas de pollution qu’atmosphérique ou aquatique. La pollution visuelle, Mme Borne, Mme Wargon, existe elle aussi. Ruiner l’harmonie de ce qui s’offre au regard, de ce qui nous environne, c’est polluer. Et ici polluer pour rien, puisque techniciens et associations se tuent à vous le démontrer : l’éolien ne rapporte rien, ne produit que par intermittence une énergie non emmagasinable, et la produit à partir d’un matériel essentiellement allemand (ou danois), l’industrie française ne prenant qu’une part résiduelle dans la fabrication de mats, de pales et de turbines.

Par une fulgurance soudaine, Mme Borne, vous aviez semblé en convenir en janvier dernier, lorsque vous récusiez publiquement la prolifération « anarchique » des grands moulins brasseur de rien. Peut-être ne faisiez-vous alors que relayer docilement les doutes exprimés un peu plus tôt par le président de la république lui-même ? Il reste que vous aviez éveillé l’espoir des citoyens majoritairement hostiles au développement tous azimuts des parcs éoliens. Vous aviez dans le même élan ébranlé les acteurs de la filière.

Des organismes fameux avaient exprimé cette inquiétude, le 27 février dernier notamment. Leurs enseignes – le Syndicat des énergies renouvelables, France énergies éolienne – comme l’écho de leur discours militant, habilement répercuté, et plus particulièrement par les autorités gouvernementales, revêtent leur posture d’une légitimité de façade, au point que ces organismes passent dans l’esprit public pour des agences garantes de l’intérêt général. Il n’en est rien. Ce ne sont rien d’autres que des lobbys défendant, la calculette entre les dents, les intérêts financiers des promoteurs éoliens. C’est si vrai que le président de la commission industrielle et administrateur de France énergie éolienne, M. Nicolas Wolff, est également vice-président du turbinier canadien Boralex.

Cependant, Mme Borne, vous aviez suspendu les termes de votre décret d’application à une consultation citoyenne préalable. Voilà qui était fort sage. Et que dit-elle, cette consultation ? Que les deux tiers des Français sont défavorables à l’éolien, ce que vous saviez déjà. Or, on n’en a absolument pas tenu compte. À croire que Mme Emmanuelle Wargon, votre secrétaire d’État, véritable pilote de la rédaction du décret, n’a accordé aucune importance à vos préventions comme à vos précautions. Impudence sans borne !

Aujourd’hui, alors qu’un lent processus de déconfinement s’amorce, le secteur des énergies renouvelables bat le rappel et exige à une « accélération ». L’éolien s’est trouvé peu affecté par la crise sanitaire. Les turbines ont continué de tourner et, profitant de conditions météorologiques favorables, le secteur est parvenu à augmenter sa part dans le « mix énergétique » propre à la production d’électricité.  L’ensemble des énergies renouvelables en a ainsi représenté 35% le 29 mars 2020, soit peu ou prou le taux espéré à l’échéance 2028, tandis, il est vrai, que la consommation d’électricité chutait de près de 20%. Ces conditions exceptionnelles – le confinement, un printemps spécialement clément, une chute spectaculaire de la consommation – n’ont pas empêché Mme Borne d’invoquer « la preuve grandeur nature que la stabilité du réseau électrique peut être garantie avec une part significative d’énergie renouvelable, soit en l’état du réseau aujourd’hui, par l’éolien. »

L’occasion était trop belle pour les turbiniers et leurs représentants placiers. Pauline Le Bertre, déléguée générale de France énergie éolienne, s’en est saisie sans délai : « Compte tenu des ambitions en matière de renouvelables confirmées par la PPE et des retards générés par la crise du Covid, il y a un très fort besoin d’accélérer ».

Complètement oubliée, donc, la crise de conscience présidentielle – et, on s’en doute, ministérielle – de janvier dernier ! Les oies sauvages nous tomberont bien en gibelotte dans l’assiette, par la grâce tranchante des pales qu’on nous promet par dizaines de milliers ! Que l’administration macronienne se dédise, nul ne saurait s’en étonner. Il reste cependant des âmes fortes pour s’en offusquer.

Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, a adressé à la ministre relapse une lettre datée du 11 mai 2020, dans laquelle il « s’étonne » que le décret du 23 avril confirme dans leur intégralité les objectifs fixés par la loi de programmation. Rappelant que le groupe de travail instauré en novembre 2019 avait pour vocation « d’associer les élus locaux à une réflexion globale sur la place des éoliennes dans nos territoires », M. Bertrand énumère les remarques qu’il avait exprimées – et qui avaient été « actées »  –  aux cours de la dernière réunion du groupe, le 18 février dernier : « ces remarques concernaient l’intégration paysagère, la protection du patrimoine, et la prise en compte du phénomène de saturation dans l’instruction des projets éoliens. »

Xavier Bertrand ne se contente pas de déplorer que le décret ne tienne aucun compte des discussions engagées et des assurances données, il claque la porte du groupe de travail. Un peu tard, direz-vous, puisque le désastre est consommé. Pas tout-à-fait puisqu’il exige des éclaircissements. Et que ceux-ci nous les réclamons également. Eh oui, Madame Borne, ce qu’a surtout démontré la crise sanitaire, c’est que nous, citoyens ordinaires, ne supportons plus les mensonges d’État, qu’il s’agisse de « grippette saisonnière » ou du port du masque. Nous n’en supporterons pas davantage en matière d’éolien. Dites-nous ce qui motive vos piteux revirements ! Dites-nous ce qui vous soumet aux volontés des turbiniers !

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