Bagnères-de-Bigorre : une antenne-relais menace un site classé

Par Aliénor Harzo

Date de publication : 22/05/2020

Bagnères-de-Bigorre, ville thermale des Hautes-Pyrénées, peut s’enorgueillir de posséder un ensemble paysager exceptionnel et, surtout, préservé. Mais pour combien de temps encore ?

L’ensemble du vallon de Salut et du Bédat, qui comprend les remarquables allées Maintenon – un alignement de grands feuillus bordé de prairies –, est classé par un décret du 20 décembre 2007. Pourtant, ce patrimoine naturel remarquable est aujourd’hui menacé par le projet d’installation d’une antenne-relais à la limite du périmètre protégé. En effet, sur une parcelle privée située au niveau des allées Maintenon, la société Orange prévoit d’implanter un pylône métallique de 25 mètres de haut. La déclaration préalable au projet d’installation de cette antenne-relais a été déposée le 6 octobre 2019, et la déclaration de travaux affichée en mairie le 15 octobre 2019.

Une mobilisation citoyenne contre ce projet, qui dénaturerait un paysage classé, s’est vite organisée, relayée par plusieurs associations de défense de l’environnement : La voie verte des quartiers, France Nature Environnement 65 (FNE) et Robin des toits 65. La pétition (papier et en ligne) a déjà récolté plus de 3 000 signatures, tandis que Jean-Bernard Sempastous, député des Hautes-Pyrénées, demande le retrait du projet d’installation et souhaite que l’opérateur mette en place une concertation avec les habitants.

Malheureusement, la loi Elan, complétée par un décret du 10 décembre 2018, a grandement facilité les démarches visant au maillage du territoire dans le domaine de la téléphonie mobile, donc l’implantation des antennes-relais, et a assoupli les exigences en matière d’informations des maires. Concrètement, le régime de la déclaration préalable, auparavant lié à la hauteur de l’installation, est désormais étendu « aux projets d’installation d’antennes-relais de radiotéléphonie mobile et à leurs locaux ou installations techniques dès lors que ceux-ci présentent une surface de plancher et d’emprise au sol supérieures à 5 m² et inférieures ou égales à 20 m² ». Soit, pour de nombreux projets d’antennes-relais, plus de permis de construire nécessaire, et donc d’examen approfondi du dossier par la commune. Néanmoins, l’article R421-9 du Code de l’urbanisme, précise, qu’aux « abords des sites classés », un permis de construire doit être déposé. Pourquoi n’a-t-il pas été exigé dans le cas qui nous intéresse ?

L’étude du Plan local d’urbanisme (PLU) et du Projet d’aménagement et de développement durable (PADD) de la commune montre que ce projet d’antenne-relais semble aller à l’encontre de certaines de leurs dispositions. La parcelle en question est située en secteur N du PLU, « à vocation naturelle et forestière ». Si la construction ne semble pas interdite, car relevant des « constructions et installations d’intérêt collectif », en revanche, elle ne respecte pas les limitations prescrites concernant la hauteur. En outre, le projet parait contraire aux dispositions approuvées en 2010 dans le cadre du PADD : « préserver les perspectives paysagères » et « préserver le paysage rural, naturel et patrimonial ».

Dans un article, Sophie Descat, déléguée Sites & Monuments pour les Hautes-Pyrénées, précise que le projet soulève des questions esthétiques d’intérêt général et que l’article R111-27 du code de l’urbanisme pourrait être utilisé à son encontre : « Le projet peut être refusé […] si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions, ou l’aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales. »

Si la pollution visuelle qu’engendrerait ce projet mené à terme est évidente, la nécessité de cette nouvelle antenne, d’après la carte du réseau de téléphonie mobile pour la commune de Bagnères-de-Bigorre et ses alentours, l’est beaucoup moins… Une fois de plus, les mesures prises par le gouvernement se font au détriment du patrimoine, qu’il soit naturel ou bâti. Dans le cas des antennes-relais, au lieu d’aller dans le sens d’un renforcement de l’information et du dialogue entre opérateurs et populations, elles visent à supprimer les derniers garde-fous pouvant s’opposer à l’implantation de ces installations.

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