Menace éolienne dans l’estuaire de la Gironde

Par Aliénor Harzo

Date de publication : 30/05/2020

La filiale du groupe EDF consacrée aux énergies renouvelables, EDF Renouvelables, envisage depuis plusieurs années l’implantation d’un parc éolien sur la rive droite de l’estuaire de la Gironde. Si ce projet aboutissait, une quarantaine d’éoliennes d’environ 180 mètres de haut verraient le jour. Une première pour le territoire de l’ancienne région Aquitaine, encore préservé du fléau éolien.

Le « Projet de parc éolien terrestre du blayais » concerne 8 communes des départements de la Gironde et de la Charente-Maritime : Anglade, Braud-et-Saint-Louis, Saint-Ciers-sur-Gironde, Saint-Androny, Saint-Bonnet-sur-Gironde, Saint-Dizant-du-Gua, Saint-Sorlin-de-Conac et Saint-Thomas-de-Conac. Elaboré depuis 2014, ce n’est qu’en 2018 que ce projet est présenté au public et aux élus, préalablement alertés par deux associations locales, Défense des marais de l’estuaire (DDME) et Vigi-Eole. Mais, d’après Sites & Monuments, des démarchages auraient été entrepris « en catimini auprès de propriétaires de parcelles en vue d’obtenir des promesses de bail emphytéotique » et, auraient « abouti dès 2017 à des signatures, avant toute concertation avec les élus locaux ». Depuis, l’hostilité envers ce programme est au rendez-vous, et pour cause !

Ce territoire du Blayais est un site naturel exceptionnel, source d’une biodiversité très importante et un couloir migratoire reconnu par la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Pour ces diverses raisons, il bénéficie de plusieurs classements qui, a priori, devraient le protéger de tels projets : Site Natura 2000, Zone de protection spéciale (ZPS), Zone importante pour la conservation des oiseaux (Zico), Zone humide d’importance majeure (ONZH), Paysage remarquable au titre de la Convention européenne du paysage. En bordure du plus grand estuaire d’Europe, il est également protégé par la loi « littoral » de 1986, très stricte en matière de construction.

L’aboutissement du projet dans une ZPS se révélerait particulièrement inquiétant. En effet, ce serait la première fois que l’implantation d’un parc éolien industriel serait menée à terme dans une ZPS, depuis la publication du rapport sur l’éolien de la LPO, créant ainsi un dangereux précédent. À l’issue d’une étude publiée en 2017 sur « Le parc éolien français et ses impacts sur l’avifaune », la LPO préconise très logiquement de « refuser l’implantation d’éoliennes à l’intérieur et à proximité des ZPS ». L’organisation a d’ailleurs rendu un avis défavorable concernant le projet du Blayais : « La LPO ne peut être que défavorable à un tel projet et insiste une nouvelle fois pour que celui-ci soit abandonné ». Et, il ne s’agit pas de la seule opposition rencontrée…

À l’issue de la consultation publique, qui a eu lieu début juillet 2019, l’ensemble des collectivités concernées a émis un avis défavorable et les maires de 9 communes, concernées ou à proximité immédiate, ont voté une motion contre l’implantation du parc éolien. Le dossier de concertation présenté au public par EDF Renouvelables a été jugé comme manquant de transparence, car privé de certaines études importantes, dont les études d’impact commanditées par le groupe. La pétition « Protégeons la biodiversité ! NON au bétonnage d’un marais classé NATURA 2000 ! » a déjà récolté plus de 10 000 signatures. Malgré le rejet massif du projet, le promoteur n’a toujours pas renoncé et l’État n’intervient pas…

Les perspectives de défigurer le patrimoine paysager des vignobles de Bordeaux et du Médoc et de polluer visuellement la route maritime menant au phare de Cordouan – candidat au classement au patrimoine de l’humanité par l’Unesco, ce qui pourrait avoir des conséquences sur le tourisme – ne découragent pas le groupe. Ni d’ailleurs l’important risque de pollution du sol, d’autant plus qu’il s’agit de sols marécageux instables et d’appareils très hauts. L’artificialisation des sols, l’aménagement de chemins d’accès et la construction de locaux techniques auraient un impact environnemental important sur ce territoire fragile, et pourrait entraîner une catastrophe écologique.

EDF-Renouvelables reste fermement décidé à réaliser localement la transition énergétique mais, tenant compte des résultats de la concertation, s’engage tout de même « à lancer une réflexion sur un mix énergétique combinant plusieurs énergies renouvelables, sur la base des différentes propositions formulées par les participants de la concertation, à associer les acteurs et organismes locaux intéressés et à rendre public ses résultats ». Une lueur d’espoir !

Cependant, un autre projet de parc éolien à Lesparre-Médoc est à l’étude (voir la carte des projets éolien en Nouvelle-Aquitaine). Le ministère de la Transition écologique et solidaire a pourtant déclaré que « la France s’est attachée à valoriser le patrimoine naturel des territoires en encourageant la prise de conscience collective des enjeux écologiques dans les gouvernances des territoires ». Dans ce cas, que des mesures soient prises dans ce sens afin de protéger ce patrimoine naturel, que l’on est prêt à sacrifier pour des enjeux économiques et une fausse idée de l’énergie éolienne, soi-disant « verte », sans prendre en compte la pollution des sols et l’atteinte à la biodiversité.

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