Renaissance du château de La Barben

Par Agathe Archambault

Date de publication : 04/06/2020

Un « Puy du Fou à la provençale ». C’est le surnom que la presse locale a d’ores et déjà donné au projet en cours au château de La Barben, dans les Bouches-du-Rhône. L’objectif, porté par le jeune entrepreneur du patrimoine Vianney d’Alançon : transformer cette ancienne forteresse médiévale en un lieu incontournable du tourisme en Provence. En commençant par une vaste campagne de restauration. 

Situé entre Salon et Aix-en-Provence, sur un haut rocher qui surplombe le vallon de la Touloubre, le château de la Barben n’est rien moins que le plus vieux château de la Provence. Sa date de construction, incertaine, serait antérieure à l’an mil. Mentionné pour la première fois en 1064 comme propriété de l’abbaye de Saint Victor de Marseille, le « castrum de Barbento » est alors une forteresse imprenable avec son pont-levis, ses tours de guet et ses créneaux. Le château fut par la suite acquis par le bon roi René, au XVe siècle, avant de devenir propriété des marquis de Forbin, à partir de 1474 et pour cinq siècles. Cette grande famille provençale le remania et l’agrandit à plusieurs reprises, en particulier aux XVIe et XVIIe siècles. Il fut ainsi progressivement transformé en demeure de plaisance, grâce notamment à la création de sa belle façade classique précédée par un escalier Henri IV à double volée. Celui-ci descend jusqu’à une large terrasse d’honneur d’où l’on peut admirer les jardins à la française dessinés par André Le Nôtre, ponctués de fontaines, bassins et statues. 

C’est ce patrimoine inestimable de l’histoire de la Provence, avec ses 60 pièces et 400 hectares de parc, qui vient donc d’être racheté par un entrepreneur de 33 ans : Vianney D’Alançon. Pas tout à fait un inconnu dans le monde du patrimoine puisqu’il a déjà fait parler de lui en 2016, lorsqu’il a conçu un projet similaire pour la forteresse médiévale de Saint-Vidal, en Auvergne. Achetée, rénovée et métamorphosée en pôle touristique avec spectacles son et lumière, écrits et mis en scène par ses soins. Résultat : 40 000 visiteurs au cours de l’été 2018 et une place sur le podium des monuments les plus visités de la Haute-Loire.

Un entrepreneur mais avant tout un « passionné » comme se décrit lui-même cet amoureux d’histoire et d’architecture. Autodidacte, il avoue avoir quitté l’école en première et avoir tout appris sur le terrain. Issu d’une grande famille il s’est récemment reconverti dans le tourisme culturel après avoir fondé la maison de bijouterie et joaillerie Laudate, dont il est toujours propriétaire avec sa femme. 

Mise de départ pour le pharaonique projet de La Barben : 20 millions d’euros « minimum ». Des fonds privés investis par le biais d’une structure dont Vianney d’Alançon est premier actionnaire, secondé par trois associés déjà impliqués dans le projet de Saint-Vidal. Un beau pactole qui va servir à restaurer, aménager et concevoir les futures animations qui permettront de transformer le château en une « fresque grandeur nature de l’histoire de la Provence », pour reprendre les termes de son nouveau propriétaire. Ce dernier ne manque pas d’idées pour le rendre attractif : un parcours de visite repensé à travers les 5500 mètres carrés de la forteresse, des spectacles vivants pour raconter l’histoire de la Provence, avec une place de choix dévolue aux nouvelles technologies pour faire découvrir de façon ludique la culture provençale au sens large : histoire, architecture, art et artisanat…

Car les savoir-faire régionaux, gastronomie comprise, seront aussi mis à l’honneur dans une optique qui se veut plus « circuit-court » que souvenirs made in china, tandis que les 400 hectares de parc seront dédiés à la mise en valeur du patrimoine environnemental et agricole de la région ainsi qu’à sa préservation. Et ce n’est pas tout : Vianney d’Alançon a aussi promis la création de 200 emplois directs, et autant d’indirects. Le confinement a d’ailleurs été mis à profit pour rassembler une solide équipe, un recrutement organisé en partenariat avec Pôle Emploi dans une optique très sociale tournée vers les profils débutants.

Mais avant de lancer le projet à proprement parler, une première phase, actuellement en cours, était indispensable : la restauration. Le château de La Barben recèle en effet de nombreux trésors qu’il faut préserver : plafonds à la française de style Renaissance, tapisseries des Flandres et de Bruxelles des XVIe et XVIIe siècles, cuirs de Cordoue qui tapissent la grande salle… Avec en clou du spectacle la chambre Empire de Pauline Borghèse, sœur de Napoléon Bonaparte et amante d’Auguste de Forbin, dont les murs et le boudoir sont ornés de fresques signées du peintre aixois Marius Granet. Très abîmées, ces peintures qui représentent des scènes mythologiques sont la priorité des restaurateurs chargés de rendre tout son éclat au château et à ses trésors. Les grands travaux de réhabilitation devraient démarrer eux dès juillet, pour une ouverture au public prévue au cours de l’été 2021. 

Un projet qui semble idyllique sur le papier, d’autant plus qu’il vient de recevoir un soutien de poids : celui du Monsieur Patrimoine du gouvernement. Dans une courte vidéo envoyée au journal La Provence, Stéphane Bern appelle en effet à soutenir ce « projet culturel avec beaucoup d’emplois à la clef », soulignant « l’enjeu économique » et incitant les « décideurs, responsables et élus » à se mobiliser. Reste à savoir si la réalité sera à la hauteur de la promesse et si son jeune chef d’orchestre saura redonner vie et sens à ce patrimoine millénaire. Tourisme culturel d’un genre nouveau ou parc d’attraction sans âme ? Réponse en 2021.

Partager sur :