L’école entre 1830 et 1939, exposée à Suresnes

Par David Jouet

Date de publication : 09/06/2020

Dans l’ancienne gare de Suresnes-Longchamp, où arrivaient les Parisiens de la fin du XIXe siècle venus passer un week-end à la campagne, se déploie le musée d’Histoire urbaine et sociale de Suresnes (MUS). Inauguré en 2013, il est l’un des premiers musées du département des Hauts-de-Seine à accueillir à nouveau le public depuis la levée progressive du confinement. Pour l’occasion, l’exposition « Bâtir l’école. Architecture et pédagogie 1830-1939 » est prolongée jusqu’au 30 août 2020.

Dans une scénographie soignée cherchant à rappeler l’atmosphère, quoique aseptisée, des salles de classe, le parcours insiste, aux côtés de l’évolution des méthodes pédagogiques, sur l’importance des recherches architecturales menées afin que l’école remplisse au mieux ses missions. La loi sur l’instruction primaire de 1833 portée par François Guizot, puis les lois Jules Ferry adoptées en 1881 et 1882 rendant l’école gratuite, laïque et obligatoire, ont été accompagnées de réflexions sur la distribution des bâtiments. Aussi rien n’a été laissé au hasard dans leur construction. Des plans-modèles de maisons d’école ont même été proposés aux communes, tels ceux contenus dans l’ouvrage de César Pompée paru en 1873, conservé à la bibliothèque Forney de Paris et présenté dans l’exposition.

Les architectes ont cherché à appliquer leurs innovations aux édifices scolaires, dont certains ont servi de véritables laboratoires d’expérimentation, à l’image la maquette de l’école de la rue Küss, à Paris, attribuée à Roger Henri Expert vers 1926 et prêtée par le musée Carnavalet. Sa silhouette et ses équipements s’inscrivent pleinement dans le modernisme. Les théories hygiénistes ont particulièrement marqué les réalisations de l’entre-deux-guerres, notamment à travers la création des écoles de plein air pour les enfants pré-tuberculeux, dont la Ville de Suresnes conserve un rare exemple, aujourd’hui classé au titre des Monuments historiques. Mais les besoins de l’école ont aussi intéressé les arts décoratifs, comme en témoignent les prototypes de mobilier scolaire imaginés par Robert Mallet-Stevens, en coopération avec l’Office technique pour l’utilisation de l’acier (OTUA), présentés lors du Salon des arts ménagers de 1937.

Pour finir, les commissaires précisent que si l’exposition se limite à 1939, l’école est toujours un lieu de réflexion intense pour les architectes, d’autant plus dans le contexte actuel de numérisation et de pénétration de « l’école à la maison ». L’importance de ce patrimoine doit également être revalorisé. Souvent menacé par son adaptation aux normes actuelles ou son obsolescence, il n’en est pas moins doté d’intérêts architecturaux remarquables, au-delà de son intérêt purement historique.

À noter, l’exposition temporaire « Bâtir l’école. Architecture et pédagogie 1830-1939 » se prolonge dans les collections permanentes, qui retracent l’histoire de Suresnes. Autrefois village viticole dominé par l’ermitage du Mont-Valérien, Suresnes s’est considérablement développé au rythme des révolutions industrielles. Un accent particulier est mis sur la cité-jardin de la ville, construite à partir des années 1920 sous l’impulsion du maire Henri Sellier, qui a lui-même particulièrement œuvré pour l’introduction du concept de cité-jardin et le développement des habitations bon marché (HBM) en France.

Le MUS s’attache donc à faire entrer au musée des patrimoines sous-évalués mais invite aussi à « MUSarder » en dehors de ses murs, par des visites guidées à la découverte de ces lieux. Le confinement aura peut-être au moins eu le mérite de rappeler, s’il le fallait, l’extraordinaire maillage muséal de qualité qui couvre l’Ile-de-France, au côté de ses grands voisins parisiens. À découvrir ou redécouvrir sans attendre !

Jusqu’au 30 août 2020, « Bâtir l’école. Architecture et pédagogie 1830-1939 » au musée d’Histoire urbaine et sociale de Suresnes (92)

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