La chapelle Saint-Joseph de Lille en sursis

Par Aliénor Harzo

Date de publication : 12/06/2020

Depuis plusieurs semaines, l’organisation Urgences patrimoine se mobilise pour tenter de sauver un énième édifice en péril : la chapelle Saint-Joseph de Lille. La démolition programmée de cette dernière entre dans le cadre d’un projet de nouveau campus conduit par Yncra, membre de la fédération universitaire pluridisciplinaire de Lille (FUPL). La demande formulée par Urgences patrimoine (ici et ici), appuyée par Stéphane Bern et relayée par de nombreux acteurs de la défense du patrimoine, est la suivante : intégrer la chapelle du XIXe siècle au projet.

« Nous demandons à Monsieur le Ministre de la Culture une mise sous protection d’urgence de l’édifice, afin de laisser le temps au maître d’ouvrage d’étudier la faisabilité et le coût d’une réhabilitation. » L’appel lancé au ministère de la Culture semble cette fois avoir été entendu. Dans un communiqué de presse datant du 5 juin, le Ministre demande en effet une instruction complémentaire et accompagnera Yncra et la FUPL – qui ont renoncé à une destruction immédiate de l’édifice – dans la recherche d’une solution alternative.

Le monument en question, bâti en 1886-1887, est l’ancienne chapelle du collège Saint-Joseph, fondé par les Jésuites en 1876. La pédagogie jésuite intégrait de nombreuses activités complémentaires, comme le sport, le théâtre, la peinture ou la tapisserie par exemple. Pour assurer ces activités, plusieurs bâtiments complémentaires ont été construits parmi lesquels un théâtre, qui possédait encore il y a quelques années l’ensemble de son équipement de scène et qui semble, lui, épargné par le projet. La chapelle forme donc un tout avec les autres bâtiments du collège, conçu par l’architecte Augustin-Henri Mourcou (1823-1911). Il est également l’auteur à Lille du palais Rameau, des hospices civils, de l’hôpital de la Charité et du centre psychiatrique de Bailleul.

Le collège Saint-Joseph est intégré au centre scolaire Saint-Paul en 1968 et, malgré une extension de 1964, forme un ensemble urbain cohérent avec le palais Rameau voisin. La chapelle en briques, de plan basilical, possède un bel ensemble de vitraux du XIXe siècle. La plupart sont signés Latteux-Bazin, un important atelier de maîtres-verriers actif dans la seconde moitié du XIXe siècle. Bien qu’il ne soit pas protégé, l’ensemble possède donc un véritable intérêt architectural, d’autant plus qu’il est situé dans le périmètre classé Monument historique du palais Rameau.

Malencontreusement, la chapelle se retrouve enclavée dans le projet « Camplus » et ne fait pas partie des nombreux bâtiments qui doivent être réhabilités. En effet, le projet prévoyait la destruction de la chapelle et des bâtiments attenant au théâtre. Le permis de démolir a été signé par la mairie le 28 mai 2019. « Il s’agissait d’un projet de l’université catholique qui avait obtenu le feu vert des Bâtiments de France. Dès lors, les services de la ville ne pouvaient pas s’y opposer », s’est justifié Martine Aubry, maire de Lille. En effet, l’architecte des Bâtiments de France a accepté la destruction, alors que la chapelle se trouve dans le périmètre d’un monument classé, qui plus est du même architecte. Le rôle de la Drac Hauts-de-France dans cette affaire laisse perplexe… Tout comme l’étrange appréciation de la part des porteurs du projet qui qualifie ce dernier « d’opportunité développement durable ».

Le projet de destruction fait polémique depuis la fin du mois de mai 2020. Les délais de recours étant dépassés, « faire du bruit » était de fait la seule solution, à laquelle se sont attelés Sites & Monuments, La Tribune de l’Art et bien entendu les lanceurs d’alerte, Urgences patrimoine. Si la chapelle était reconvertie, l’ensemble formé par le collège et le palais Rameau serait extérieurement préservé. Un autre projet moins onéreux, composant avec la chapelle, a donc été élaboré par un ingénieur économiste d’Urgences Patrimoine. Il montre bien qu’une réhabilitation et une intégration de la chapelle est tout à fait envisageable.

Grâce à l’intervention de Franck Riester, le projet de démolition est suspendu. Cependant, la prudence reste de mise, car le permis de démolir n’est pas encore annulé et il reste à voir selon quelles conditions l’édifice sera intégré au projet… Mais nous pouvons nous réjouir de la mise en sursis de la chapelle Saint-Joseph et féliciter le ministère de la Culture de s’être emparé du dossier. Beaucoup d’autres mériteraient son attention….

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