Municipales : les maires en classe patrimoine

Par Agathe Archambault

Date de publication : 26/06/2020

« Un vade-mecum pour accompagner les maires de petites communes dans leur mission de préservation et de valorisation du patrimoine. » Tel est l’objectif du volumineux rapport sénatorial qui ambitionne d’éduquer nos élus à la mise en valeur du patrimoine local. PAJ vous en propose un petit best of à la veille du second tour des élections municipales. De quoi évaluer les finalistes de sa commune à la lumière de l’enjeu patrimoine… Et rêver de jours meilleurs.

Urgence ! Publié le 13 mai 2020 au sortir du confinement, ce travail de fond orchestré par les rapporteurs Sonia de La Provôté et Michel Dagbert, respectivement sénateurs du Calvados et du Pas-de-Calais, est le résultat de six mois d’enquête et de consultation d’acteurs de la planète patrimoine. Durant cette longue gestation, les deux rapporteurs ont collecté sans répit des pistes capables de répondre à l’éternelle question qui taraude tous les défenseurs de la cause : comment préserver, faire vivre et éviter la dégradation du patrimoine ? Et il faut bien l’avouer, dans ce paysage post-covid assez dévasté, les mesures proposées semblent d’autant plus impérieuses.

Propriétaires de monuments ruinés, emplois menacés et chantiers à l’arrêt… Pour relancer la machine, il faut des idées neuves. Ça tombe bien, en voilà 36 réparties tout au long de cet ambitieux rapport de 105 pages et synthétisé par une maxime qui rime : « protéger – rénover – valoriser ». Mais pour concrétiser des idées, il faut des élus mobilisés. Et c’est bien à eux que s’adressent les auteurs du rapport ! D’abord et surtout car 41 % des monuments historiques protégés, classés ou inscrits sont détenus par des communes. Et que le sort des vieilles pierres dépend souvent de la volonté des maires. 

Sauver des vieilles pierres ? Est-ce vraiment la priorité ? S’indigneront les plus sceptiques. Mais savent-ils que 500 000 emplois dépendent du patrimoine ? Tourisme, artisanat, métiers d’art et d’histoire, construction et rénovation… Sans parler de l’enjeu de développement local et d’attractivité touristique qu’il représente pour nos régions. Malgré tout le mal qu’elle a causé, la crise sanitaire aura au moins permis de le réaliser. Or, comme le souligne ce rapport, « de plus en plus de communes, petites et rurales en particulier, ont de grandes difficultés pour entretenir, préserver et faire vivre ce patrimoine historique et architectural ». En cause : le « manque de moyens financiers, de compétences d’ingénierie, d’interlocuteurs ». Sans parler de la « jungle administrative et réglementaire » que déplorait France Poulain, architecte des Bâtiments de France, lors de son audition. Il n’en faut pas plus pour que les maires baissent les bras… 

Mais ça c’était avant, car avec ce rapport entre les mains, les maires peuvent relever la tête et se retrousser les manches. « Maîtriser toute la chaîne de la valorisation depuis la bonne connaissance du patrimoine jusqu’à l’intervention sur celui-ci », tel sera leur nouveau superpouvoir ! Du moins s’ils apprennent leurs leçons… Extrait non censuré : « La situation rencontrée sur le terrain par les maires leur demande de faire face à trois enjeux fondamentaux : 1. Une bonne connaissance du patrimoine architectural à protéger et à valoriser ; 2. L’identification des acteurs qui peuvent intervenir et fournir de l’ingénierie ; 3. L’accès aux financements, notamment pour les petites communes dont les budgets sont souvent insuffisants devant l’ampleur des travaux nécessaires ». Vous avez quatre heures !

Le patrimoine de proximité peut être un levier pour relancer la machine économique !

Stéphane Bern

Heureusement, le rapport leur souffle quelques bonnes idées. Et les conduit même sur les pas d’un guide, suprême, le premier de la classe patrimoine : l’élève Bern. Stéphane Bern. Vous le connaissez sans doute, il prêche la bonne parole depuis l’aube de la crise, à tous les micros qu’on veut bien lui tendre : « Le patrimoine de proximité peut être un levier pour relancer la machine économique ! » Alors, qu’est-ce que vous attendez ? 

Première étape de la reconversion patrimoniale : se former. Recommandation n°21 du vade-mecum sénatorial : « Inciter les maires, en début de mandat, à suivre les formations courtes dispensées par les CAUE en matière de protection et de valorisation du patrimoine ». Au boulot ! Car avant de pouvoir sauver son patrimoine encore faut-il savoir l’identifier… Les plus hermétiques, eux, auront même droit à un cours particulier : le rapport propose en effet d’organiser une rencontre entre tout maire fraîchement élu et un architecte des Bâtiments de France « sous la forme d’un module de formation » et afin d’amorcer un dialogue « systématique ». Malin. 

Deuxième étape : apprendre à compter. Objectif recensement ! Recommande le rapport qui milite pour une « opération nationale coordonnée d’inventaire précis du patrimoine protégé et non protégé ». Supervisée par les grands patrons du ministère de la Culture et des Drac. Et si possible, main dans la main avec les associations. Le patrimoine doit être inventorié, trié, et classé dans des dossiers. L’administration française a une réputation à tenir.  

Troisième étape : trouver des sous. Grâce à quelques juteux conseils prodigués dans le rapport qui préconise même, en plus des fonds publics disponibles, de recourir aux outils de collecte de fonds les plus « innovants ». À commencer par les plateformes de financement participatif, car dorénavant, le crowdfunding n’est plus considéré comme un gros mot anglophone ! Au contraire, les « fonds privés » sont les bienvenus pour préserver notre cher patrimoine. L’aide des associations et fondations est également la bienvenue pour mobiliser autour du financement d’un projet. Qui veut payer l’addition ?

Quatrième étape : mettre l’ambiance. « Rendre plus vivant le patrimoine en encourageant les maires à organiser des animations autour des sites patrimoniaux », pas besoin de faire soi-même le DJ mais « l’organisation d’évènements » est tout de même chaudement recommandée, car les habitants doivent « s’approprier leur patrimoine ». L’alcool aidant, un déclic pourrait avoir lieu… Et le rapport va même encore plus loin : invitant à « déployer » des projets « innovants et hybrides ». Soyons fous : « Mettre à la disposition d’artistes ou d’associations un édifice communal patrimonial en échange d’un projet de réhabilitation autofinancé ». Hourra ! On commence quand ? 

Cinquième étape : aller à la messe. Le rapport insiste même lourdement sur ce point. Car le patrimoine religieux est menacé : de nombreuses églises sont en péril dans les territoires. Et plutôt que de les vendre au Qatar les rapporteurs proposent une solution « à l’amiable » : un bail « emphytéotique ». Traduction : un bail immobilier de longue durée où le repreneur s’engage à améliorer le bien, à le mettre en valeur de façon durable. Ainsi, nos lieux de culte ont-ils plus de chance d’atterrir entre de bonnes mains…

Associer les jeunes générations aux enjeux du patrimoine comme vecteur d’identité partagée.

Sixième étape : impliquer les gosses. C’est même la recommandation n°1 du dossier : « Associer les jeunes générations aux enjeux du patrimoine comme vecteur d’identité partagée ». Et ce, dès le berceau, avec des propositions très concrètes : « Inclure dans les programmes scolaires des actions de sensibilisation à la richesse du patrimoine local ». Car ces satanés garnements sont les défenseurs du patrimoine de demain. Mais le rapport préconise aussi de faire appel à d’autres jeunes moins jeunes : les étudiants. Avec encore des propositions très concrètes pour « lutter contre la perte de compétences dédiées au patrimoine » : une campagne de sensibilisation aux métiers techniques et artisanaux notamment, et même la création d’une « filière spécialisée dans le patrimoine et la restauration ». Les vieilles pierres ne sont pas que l’affaire des vieilles personnes, nom d’un petit bonhomme ! 

Alors que vous soyez maire, candidat ou citoyen concerné : lisez ce rapport ! Long certes, mais très concret et ponctué de témoignages pertinents. Et qui pose les bases d’une vraie politique en faveur du patrimoine, rimant bien sûr avec développement du territoire. Bénéfique lecture à l’heure où certains œuvrent en douce au détricotage du système de protection du patrimoine, et où la tempête sanitaire a ébranlé des fondations déjà fragiles. Reste à savoir si ce rapport sera enterré aussi vite qu’il a été publié ou si les maires sauront saisir l’opportunité… Alors, qu’est-ce que vous attendez ?

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