Tragédie de feu à la cathédrale de Nantes

Par Agathe Archambault

Date de publication : 18/07/2020

Ce sont les riverains qui le samedi 18 juillet 2020, tôt dans la matinée, ont alerté les pompiers en apercevant des flammes derrière la rosace qui orne la façade de la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Nantes. La structure n’est pas menacée et les dégâts ne sont heureusement pas ceux de Notre-Dame de Paris… Mais le grand orgue et un certain nombre de vitraux du XVIe siècle sont, en revanche, définitivement perdus !

L’incendie, qui s’est déclenché aux alentours de 7h30, a rapidement été circonscrit par la centaine de sapeurs pompiers déployés autour de l’édifice. Ils sont restés mobilisés tout l’après-midi pour éteindre les derniers foyers, et pour veiller à ce que les flammes ne repartent pas. Ce sont en effet trois départs de feu simultanés qui ont été dénombrés par les pompiers à l’intérieur du monument : « Un au niveau du grand orgue, un à droite et un autre à gauche de la nef », a déclaré le procureur de la République de Nantes Pierre Sennès, qui privilégie la piste criminelle. Mais l’hypothèse de l’accident, liée notamment au réseau électrique de l’édifice, n’est pas exclue.

De style gothique, la cathédrale a été construite en plusieurs étapes, entre 1434 et 1893, avec une pierre blanche dont la légèreté a permis d’élever les voûtes du vaisseau à 37 mètres de hauteur, soit plus haut que celles de Notre-Dame de Paris ! Elles protègent le tombeau de François II, magnifique ensemble en marbre blanc et noir qui date de la Renaissance, et qui n’a heureusement pas été atteint. La façade elle, a vu en revanche sa grande baie flamboyante totalement détruite par les flammes. La verrière datait du XVIe siècle et représentait Moïse au côté d’Anne de Bretagne, la duchesse qui par ses deux mariages successifs, avec Charles VIII puis avec Louis XII, œuvra au rattachement du duché de Bretagne au royaume de France.

L’autre perte majeure de cet incendie est le grand orgue signé Jacques Girardet et datant de 1620. Il avait pourtant survécu à la Révolution, aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale et à l’incendie de 1972 qui avait ravagé la charpente en bois de l’édifice, reconstruite, depuis, en béton. L’organiste de la cathédrale s’est exprimé pour déplorer la perte de « l’un des fleurons du patrimoine organistique français » qui fêtait l’année dernière ses 400 ans. La veille au soir, il s’entraînait encore sur ses cinq claviers…

Les réactions n’ont pas manqué d’affluer, à commencer par celle de la maire de Nantes, Johanna Rolland. Celle-ci a fait part de la « tristesse des Nantaises et Nantais » devant la tragédie qui frappe ce « lieu majeur pour tous les Nantais, une part de notre histoire, de notre grand patrimoine, avec un attachement affectif fort ». Stéphane Bern a lui déploré la perte du grand orgue, une « perte immense pour notre patrimoine ». Tandis que la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, arrivée dans l’après-midi, a exprimé son « grand chagrin » notamment face à la perte du tableau d’Hippolyte Flandrin, Saint-Clair, guérissant les aveugles, qui ornait un mur de la cathédrale et qui a été également atteint par l’incendie. 

Assez rare pour être souligné, le Premier ministre Jean Castex a également fait le déplacement, déclarant que l’État prendrait « toute sa part à la reconstruction », qu’il souhaite « la plus rapide possible ». Une présence qui semble confirmer sa vocation d’« homme des territoires », revendiquée lors de son discours de politique générale devant les députés, le 15 juillet dernier. Reste à savoir si cette tragédie de feu saura lui inspirer une vraie considération pour ce qui constitue le premier vecteur de développement et d’identité de ces territoires qui lui sont chers : le patrimoine !

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