La forêt de Fontainebleau dans la course à l’Unesco

Par Thibaut Jouy

Date de publication : 31/08/2020

Voilà presque cinq ans que la forêt de Fontainebleau court après son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco. Il serait temps qu’elle l’obtienne. D’autant qu’elle a des arguments… PAJ en a trouvé au moins cinq !

Un château et une forêt aux destins entremêlés 

Mais pourquoi donc installer cette forteresse médiévale, transformée par la suite en véritable palais royal, précisément à cet endroit ? La forêt, bien sûr ! Et pas n’importe laquelle : 23 000 hectares d’espace boisé, soit une sacrée réserve de gibier, cerfs et sangliers en priorité. Or qu’ils soient Capétiens, Valois ou Bourbons, nos souverains sont souvent des chasseurs invétérés, qui voient dans cette jungle francilienne, autrefois nommée forêt de Bière, un terrain de jeu des plus adaptés à l’exercice de leur passion. Aussi aucun autre château français n’aura vu défiler autant de têtes couronnées : 34 rois et 2 empereurs très précisément. Un attachement et une fidélité qui vont faire que cette « maison de chasse » évoluera et s’agrandira au fil des siècles. Gagnant ici une aile, là une cour, une chapelle, une galerie ! François Ier aura sans doute été le plus grand amoureux du lieu, et pour cause, la chasse était son sport préféré, ce qui lui valu le surnom de « père des veneurs » . Or aujourd’hui seul le château est classé à l’Unesco, la forêt elle, a été oubliée. Une injustice qu’il faut réparer, tant leurs destins sont entremêlés.

Une mosaïque de paysages

Entre pins sylvestre et chênes centenaires, sable fin et lande marécageuse, la forêt de Fontainebleau concentre une biodiversité exceptionnelle. Sa géologie unique s’explique par la présence de la mer Stampienne, il y a plus de 34 millions d’années, qui y a laissé ces fameux sables blancs dits « de Fontainebleau », ainsi que d’imposants blocs de grès formés et taillés par l’érosion. Ils font aujourd’hui le bonheur des passionnés de varappe, néophytes ou grimpeurs confirmés venus du monde entier pour s’y mesurer. Quant à la richesse de sa flore, la vue panoramique qu’offre la tour Denecourt, permet d’admirer le magnifique produit d’un mélange complexe d’essences naturelles. Plus de 1200 espèces animales et végétales s’y épanouissent ainsi sous la protection de l’Office National des Forêts qui veille à sa préservation. Un paradis qui attire les foules : Fontainebleau n’est autre que la forêt la plus fréquentée de France, avec plus de 10 millions de visiteurs par an, venus du monde entier pour parcourir ses quelques 400 kilomètres de sentiers. L’ancien domaine de chasse des rois de France a ainsi de beaux jours devant lui, d’autant que depuis la fin de son exploitation il ne cesse de grandir et s’étend aujourd’hui sur trois fois plus de surface qu’il y a 100 ans.

Un berceau pour l’impressionnisme 

Que serait l’impressionnisme sans l’apport des peintres de l’École de Barbizon ? Jean-François Millet, Jean-Baptiste Camille Corot, Théodore Rousseau, autant d’artistes que l’on peut admirer dans les galeries du musée d’Orsay et qui ont tous un point commun : Fontainebleau ! Et plus précisément le petit village champêtre de Barbizon, situé à la lisière de la forêt. Dès les années 1830, ces artistes qui veulent représenter une nature idéalement préservée vont poser leurs chevalets dans ce hameau de bûcherons. Et dans ce paradis sauvage en nuances de vert ils vont trouver une muse idéale, modelée par le temps qui passe et la lumière qui change.   Une nature vivante dont ils vont tenter de saisir l’atmosphère et les couleurs, libérant l’art du paysage de ses carcans académiques et initiant la révolution picturale qui donnerait naissance à l’impressionnisme. Le musée d’Orsay leur a d’ailleurs rendu hommage en 2007 lors d’une exposition intitulée « La Forêt de Fontainebleau vue par les peintres ». À quand une exposition dédiée à l’École de Barbizon dans la grande galerie des Cerf du château de Fontainebleau ? 

Une promenade très romantique

En pleine effervescence romantique un certain Claude-François Denecourt, vétéran de l’armée napoléonienne et amoureux de la forêt de Fontainebleau, va tracer à travers ses paysages quelques 150 km de sentiers, les baliser et même publier un guide touristique ! Attirant ainsi les promeneurs de la capitale toute proche. Une passion qui lui valut d’être surnommé le “sylvain” de la forêt par Théophile Gautier dans un recueil qui contient plus de 40 textes, tous en son hommage et signés par Lamartine, Hugo, Baudelaire, Sand, Musset… Car parmi les promeneurs de cette forêt réaménagée, on trouve en effet quelques-uns de nos « romantiques » les plus fameux : Étienne Pivert de Senancourt, Gustave Flaubert, Jules et Edmond de Goncourt, Alfred de Musset ou George Sand. Un havre de paix pour ces militants de la contemplation qui célèbrent la nature comme une quête de spiritualité. Et où à l’abri des regards indiscrets ils viennent se retrouver, et parfois s’aimer. George Sand notamment venait s’y promener avec Alfred de Musset, mais aussi d’autres de ses amants comme le comédien Paul Bocage, ou le graveur et auteur dramatique Alexandre Manceau. Un chêne a même été baptisé de son nom, il est situé sur le chemin des Gorges de Franchard, lieu que la romancière a dépeint dans son roman Elle et lui. Tandis que Flaubert y a effectué un repérage scrupuleux deux mois durant en 1868, afin de préparer la rédaction de la troisième partie de L’Éducation sentimentale. Le patrimoine littéraire français doit ainsi bien des chefs-d’œuvre à cette foret ! 

Une déesse à la rescousse 

L’annonce, au mois de juillet dernier, du soutien de Brigitte Macron à la candidature au classement Unesco de la forêt de Fontainebleau a ravivé l’espoir des bellifontains face à une situation au point mort depuis 2016. Brigitte, reine des bois ? On l’imagine à merveille en Diane chasseresse, veillant, un arc à la main et un cerf à ses côtés, sur sa forêt sacrée. Comme cette statue de bronze « Diane à la biche », qui domine le parc du château dans le jardin qui porte son nom. Espérons que ce soutien quasi-jupitérien saura attirer sur la forêt de Fontainebleau les grâces de l’Unesco !

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