Deux anges gardiens pour une cathédrale

Par Agathe Archambault

Date de publication : 11/09/2020

Dans les profondeurs de la crypte archéologique de l’île de la Cité qui vient juste de rouvrir ses portes, une exposition revient en images sur deux grands hommes qui ont bâti le mythe de Notre-Dame de Paris. 

Abattre Notre-Dame de Paris ? C’est ce qui a été réellement envisagé au début du XIXe siècle alors que la cathédrale est déjà en très mauvais état et que l’architecture gothique n’a plus vraiment la cote. Voilà toute la place qu’occupait alors le monument dans l’esprit des Français. Mais c’était avant Victor Hugo qui, en publiant son fameux roman, va changer le regard de toute une nation sur la vieille cathédrale démodée, poussant le gouvernement à ordonner sa restauration et à nommer l’architecte qui va la faire renaître : Eugène Viollet-le-Duc. 

C’est à ces deux hommes que rend hommage l’exposition de la crypte en revenant sur la façon dont ils ont radicalement changé le destin de l’édifice. Victor Hugo d’abord, dont la fascination pour la cathédrale parisienne transparaît à travers quelques beaux dessins de la main de l’écrivain. Deux tours fantomatiques à l’encre noire qui surgissent dans le brouillard, ou encore une vue du ciel de Paris avec quelques monuments emblématiques dont Notre-Dame, sur lequel se détache le mot « souvenir », dessin réalisé alors que l’écrivain est en exil.

Un fantastique décor pour son roman mais surtout un personnage à part entière, hanté par deux figures devenues quasi mythologiques : la Esmeralda et Quasimodo. Que l’on peut admirer sur quelques belles illustrations, mais aussi sur les affiches des innombrables adaptations du roman au cinéma, au théâtre, etc.

La restauration menée par Eugène Viollet-le-Duc démarre en 1843, soit quelques années après l’invention de la photographie et la divulgation du daguerréotype. Les pionniers parisiens de la photographie vont ainsi s’exercer sur leur cathédrale : Charles Nègre, Henri Le Secq, Charles Marville, Gustave Le Gray, Auguste Mestral ou encore les frères Bisson. Belles images, issues des collections du musée Carnavalet, dans ce noir et blanc argenté caractéristique de la technique du daguerréotype. Détails d’architecture, vues d’ensemble, sculptures, façade… Mais aussi et surtout des vues de l’édifice en chantier. Blocs de pierre et échafaudages de bois. Notre-Dame reprend vie, cliché après cliché. 

La fameuse flèche disparue dans l’incendie est aussi à l’honneur avec notamment une vue de sa construction. Sa hauteur, bien supérieure à celle de la flèche d’origine, avait d’ailleurs suscité les moqueries de l’opinion, comme en témoigne une belle caricature de presse également présentée. À noter également une photographie signée Charles Marville où l’on peut voir l’arc de triomphe en bois imaginé par Viollet-le-Duc et installé devant la façade, pour le baptême du prince impérial, le fils de Napoléon III. On regrettera qu’hormis un plan de la flèche, aucun dessin ne vienne documenter le génie créateur de cet architecte qui était aussi un formidable dessinateur. 

Si vous avez déjà dévoré livres et documentaires sur l’histoire et l’architecture de Notre-Dame, passez votre chemin car vous n’apprendrez rien de plus dans cette exposition. Si, à l’inverse, vous ne connaissez rien à ce monument qui n’est pour vous que le décor d’un vieux Disney ou une édition spéciale BFMTV, courez visiter cette petite exposition très pédagogique qui permet de comprendre comment, grâce à ces deux anges gardiens providentiels, elle est passée de cathédrale délaissée à symbole d’une nation.

« Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo à Eugène Viollet-le-Duc », Crypte archéologique de l’île de la Cité à Paris, dès le 9 septembre 2020.

Partager sur :