Un plan de relance pour le patrimoine

Par Guillaume Henry

Date de publication : 14/09/2020

Avec 614 millions d’euros sur 2 milliards, soit presque un tiers de l’enveloppe globale consacrée à la Culture, le patrimoine s’inscrit clairement dans la liste des priorités du gouvernement. « Maintenant, il faut se mettre au travail », exhorte Philippe Toussaint, président de l’association des Vieilles Maisons françaises.

Représentant près de 2,3 % du PIB, 80 000 entreprises culturelles (pour la plupart TPE et PME) et 670 000 emplois, soit 2,5 % de la population active (chiffres 2018), la Culture a durement été frappée par la crise sanitaire et son lot de fermeture des musées, d’annulation des spectacles et représentations, de reports ou annulations des tournages, de fermeture des librairies, etc.

Pour accompagner les mesures d’urgence mises en place dès le printemps 2020 (mobilisation de 856 millions d’euros d’aides spécifiques, une « année blanche » pour l’intermittence équivalente à 849 millions et des aides transversales d’un total de 3,3 milliards), le gouvernement a souhaité une réponse massive et globale capable de soutenir le patrimoine dans les territoires, de favoriser la reprise du spectacle vivant et la reconquête de notre modèle de création, ainsi que de consolider les grandes filières économiques culturelles.

Dévoilé le 3 septembre par le Premier ministre Jean Castex, le plan de relance consacre 2 milliards d’euros à la Culture, dont un tiers – 614 millions – au patrimoine. « C’est l’ensemble des acteurs de la culture qui est concerné — le patrimoine en premier — mais pas uniquement », se réjouit Philippe Toussaint. « Il s’agit d’un plan d’ensemble, ce qui est très positif. »

Restauration du patrimoine, aide au spectacle vivant et aux jeunes établissements publics de création, soutien aux artistes et aux jeunes créateurs à travers des aides spécifiques à l’emploi, un programme exceptionnel de commande publique et un renforcement de l’enseignement supérieur culturel, consolidation des filières culturelles stratégiques, investissements d’avenir pour les industries culturelles et créatives, l’ensemble du secteur est concerné.

Il s’agit d’un plan d’ensemble, ce qui est très positif.

Philippe Toussaint, président des VMF

Sur l’enveloppe attribuée au patrimoine, 334 millions d’euros sont à destination des établissements publics patrimoniaux (château de Versailles, musée du Louvre, Centre des monuments nationaux, musées d’Orsay et de l’Orangerie, RMN-Grand-Palais, Centre Pompidou, etc.). Leur fréquentation, qui dépend largement du tourisme international, s’est effondrée de 40 à 80 % depuis le confinement : pertes de 45 millions pour le château de Versailles, 28 millions pour Orsay, 3 millions pour le château de Fontainebleau, etc.

Une ligne de 80 millions d’euros permettra la mise en œuvre d’un « plan cathédrales », sans doute rendu indispensable par la prise de conscience de l’état parfois catastrophique de ces monuments, notamment depuis l’incendie de Notre Dame.

160 millions d’euros sont destinés à la restauration des monuments nationaux présentés par le Centre des monuments nationaux à travers l’ensemble du territoire (40 M€), à mener pleinement le projet de restauration et de mise en valeur du château de Villers-Cotterêts (100 M€) et la rénovation d’autres équipements patrimoniaux musées, archives, archéologie (20 M€).

Enfin, 40 millions d’euros seront affectés à la restauration des monuments historiques appartenant aux communes et aux propriétaires privés. Pour ces derniers, cela représenterait une hausse d’environ 50 % des sommes attribuées au cours des exercices précédents, pour autant que ces chiffres soient confirmés lors du vote de la loi de finances.

Il est rare que les propriétaires privés soient cités.

Philippe Toussaint

« Il faut mettre en avant la démarche, indique Philippe Toussaint, d’autant qu’il est rare que les propriétaires privés soient cités. Mais maintenant, il faut se mettre au travail pour susciter des candidatures, aider des propriétaires privés à faire des dossiers, car le choix va se porter sur les projets capables d’être mis en œuvre dans les 2 ans ».

Depuis la réforme de la maîtrise d’ouvrage de l’État en 2012, et faute d’une assistance dans la préparation des dossiers, ceux-ci peinent souvent à être montés. Or, dans le cas du plan de relance, il faut être très réactif.

« Les VMF ont un rôle important d’accompagnement, aux côtés des propriétaires, d’autant que les Drac sont prêtes à majorer les taux de subvention », indique son président. L’association a donc lancé une enquête auprès d’eux afin d’identifier les projets susceptibles d’être soutenus auprès des Drac. Un repérage qui doit être opéré d’ici fin octobre sur l’ensemble des régions. Restera ensuite à mettre au point les dossiers, suivre leur recevabilité, un travail minutieux que l’effet d’annonce peut faire oublier, mais qui, seul, permet aux ambitions de devenir réalité.

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