Notre-Dame, le général et les comptables

Par Agathe Archambault

Date de publication : 01/10/2020

Controverse sur la gestion des dons récoltés pour la restauration de Notre-Dame : la Cour des comptes révèle qu’une partie de ces fonds sont utilisés pour les dépenses de fonctionnement de l’établissement public chargé d’organiser cette restauration. « Débudgétisation » dénonce la Cour, « anecdotique » répond le ministère de la Culture.  

D’ordinaire, la Cour des comptes s’insurge plutôt contre le gaspillage ou le détournement d’argent public. Là, curieusement, c’est tout l’inverse qui s’est produit et c’est en grande pompe mercredi matin sur France Inter que son Premier président, Pierre Moscovici a dénoncé le fait que l’établissement public en charge d’organiser la restauration de Notre-Dame sous la direction du général Georgelin … n’en dépensait pas un centime ! « Normalement, un établissement public de ce type doit être financé sur des fonds publics. Or, là, c’est l’argent des donateurs qui est utilisé. »

Une gestion qu’il n’hésite pas à qualifier de « débudgétisation » en s’appuyant sur le texte de loi adopté devant les députés le 16 juillet 2019 pour organiser la souscription nationale, qui stipule que les fonds récoltés sont exclusivement destinés au financement des travaux de conservation et de restauration de la cathédrale Notre‑Dame de Paris. Raison pour laquelle la Cour des comptes exige une « clarification » et recommande la prise en charge de ces dépenses de fonctionnement courantes (salaires de quarante personnes, loyer des locaux, budget communication, etc) par une subvention du ministère de la Culture. Somme évaluée à 5 millions d’euros par an. « Ce n’est pas ça qui va ruiner l’État ! », a conclu Moscovici. 

Ruiner, non, mais « ce sera priver d’autres institutions culturelles de 5 millions d’euros » répond le ministère qui avance d’autres arguments. En commençant par rappeler que le financement de l’établissement public par les dons avait été entériné lors des débats parlementaires relatifs à la loi du 16 juillet approuvée par les députés. Et porté à la connaissance des donateurs. Pour la simple et bonne raison que cet établissement public, véritable donneur d’ordre et organisateur de la restauration ad hoc, est « totalement indissociable du chantier qu’il dirige ». Pas d’ouvrage sans maître d’œuvre. Quant au financement de la communication de cet établissement, le ministère le justifie en expliquant qu’il est normal puisque dévolu à récolter d’avantages de dons.

Polémique stérile ? Sur le financement de l’établissement public, sans doute, car avec les 825 millions d’euros de dons récoltés ou promis à ce jour, et un objectif de collecte clairement évalué au-delà du milliard, l’établissement public a les coudées franches pour rendre sa beauté à la vieille dame. Il devrait même rester de l’argent à la fin des travaux. Quant à savoir que faire de cet excédent … La question ne manquera pas de soulever le débat le moment venu. 

Un cri d’alarme un peu précoce alors que la restauration en elle-même n’a pas encore commencé. À percevoir plutôt comme un avertissement préalable qui rappelle que, quelle que soit l’origine des financements de l’établissement public, sur un chantier d’une telle importance s’impose la transparence. 

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