La cathédrale de Nantes, deux mois plus tard

Par Victoire Becker

Date de publication : 08/10/2020

Le 18 juillet 2020, la cathédrale de Nantes est victime d’un incendie volontaire, démarré par un bénévole du diocèse. Le bâtiment tient le choc, mais plusieurs objets symboliques du lieu disparaissent : le grand orgue construit au XVIIe siècle, le tableau de Saint-Clair guérissant les aveugles et les panneaux originaux de la grande verrière de la façade occidentale. Deux mois plus tard, on observe l’avancée des travaux. 

L’heure est encore aux diagnostiques. Les autorités ont passé les derniers mois à s’assurer de la sécurité du bâtiment, notamment de la charpente de béton construite en 1972, fragilisée par l’incendie. Elles vont maintenant procéder au nettoyage et à la dépollution du lieu. Une restauration sera ensuite conduite sur les zones les plus touchées. Parmi les travaux les plus faciles, la console électrique de l’orgue de chœur sera rapidement restaurée, ce qui permettra à l’organiste titulaire de la cathédrale, Michel Boursier, de reprendre ses concerts.

Le grand orgue quant à lui n’est que débris calcinés et plomb fondu. Construit en 1619, par Jacques Girardet, il a été entretenu, dépanné, augmenté ou amélioré de nombreuses fois. Dans les années 1770, modifié par Adrien Lépine, il passe de deux claviers à cinq. Il est ensuite mis à jour par François-Henri Clicquot en 1784. Aux XIXe et XXe siècles, il sera restauré régulièrement, et un clavier lui sera ajouté. 

Sauvé à la Révolution française, il est à peine touché par l’explosion d’une poudrière en 1800, qui souffle une partie des vitraux, ou par l’explosion d’une bombe en 1944, qui tombe sur le lieu, détruisant deux chapelles. En 1972, un incendie détruit la charpente intégralement faite de bois, mais l’orgue est sauvé par son titulaire de l’époque. 

Les débats sont lancés sur sa reconstruction. Faut-il en faire une réplique exacte, ou bien faut-il dessiner un instrument moderne ? Michel Boursier souhaiterait un orgue témoin de l’histoire de l’ancien, qui en reprenne même certains morceaux retrouvés dans les décombres. 

Les vitraux connaissent un sort différent. De cette œuvre, offerte par Anne de Bretagne à la cathédrale à la fin du XVe, il ne reste que quelques panneaux. Protégés par le grand orgue lors de la Révolution française, ils seront soufflés par l’explosion de 1800 et la bombe de 1944. Les morceaux restants début 2020 représentent une Fontaine de Vie. De chaque côté, les deux donatrices, Anne de Bretagne et Marguerite de Foix, sont entourées de sainte Anne et sainte Marguerite. En haut, deux hommes : Moïse et un patriarche ou prophète non identifié. 

L’incendie du 18 juillet a fait voler en éclat les 25 panneaux restants. Les morceaux de verre sont tombés sur le parvis, ainsi qu’à l’intérieur de l’église par un effet d’appel d’air. Après la sécurisation du lieu par les pompiers, le Centre de Recherche des Monuments Historiques (CRMH) et le Service Régional de l’Archéologie (SRA) ont mis en place un système de quadrillage pour ramasser tous les débris de verre de façon méthodique. « À ce jour, les équipes ont ramassé tous les débris qui se trouvaient à l’extérieur et une partie de ceux qui sont tombés à l’intérieur » explique Claudine Loisel, responsable du pôle scientifique Vitrail au Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques (LRMH). Cette dernière se réunira dans quelques semaines avec les nombreux responsables et participants au projet, afin d’évaluer l’ampleur de la catastrophe et de donner un avis technique sur les actions à entreprendre. « Nous devons voir comment sont les morceaux de verre et si on peut les replacer in situ. S’il y a des morceaux de verre de trois ou cinq centimètres carrés, il va y avoir des choses à faire. Tous les morceaux récupérés vont être gardés, soit comme des pièces archéologiques, soit comme des éléments pour le panneau. » La décision finale sera prise par le service de Valérie Gaudard, conservatrice régionale des monuments historiques, en accord avec Pascal Prunet, l’architecte en chef des monuments historiques en charge du projet. 

« L’urgence c’est la pierre et la stabilité de la façade occidentale », rappelle Claudine Loisel. « En ce qui concerne les vitraux, on est dans un bon ordre de marche mais pas dans la précipitation. »

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