La restauration des appartements du Grand Dauphin à Versailles

Par Victoire Becker

Date de publication : 16/10/2020

Au château de Versailles, des travaux de restauration viennent juste de commencer dans les appartements du Dauphin situés en rez-de jardin, sous le Grand appartement de la Reine et donnant sur le parterre d’eau. La restauration, dirigée par Frédéric Didier, a pour but de compléter celles du XXe siècle, réalisées après la Seconde Guerre mondiale puis dans les années 1980.

De ces appartements en double enfilade, trois pièces seront restaurées : la chambre du Dauphin, le cabinet et la bibliothèque, les pièces les plus intimes de la vie du Dauphin. Au cours du projet, trois vidéos seront mises en ligne sur le site du château de Versailles, afin d’informer les visiteurs et les curieux de l’état des travaux. Dans la première, Frédéric Didier souligne le raffinement des pièces, en rappelant l’importance de l’organisation des appartements et du passage de la sphère publique à la sphère privée. « Chaque porte servait de filtre pour permettre à des invités d’aller de plus en plus dans l’intimité de la personne qui habite l’appartement », explique-t-il.

Créés en 1683 pour le Grand Dauphin, fils de Louis XIV, ces appartements ont servi à de nombreuses figures importantes de la cour, telles que le duc de Bourgogne, la duchesse de Berry ou encore le duc d’Orléans. En 1736, ils reprirent leur fonction de logement pour l’héritier du trône Louis de France, le fils de Louis XV. Le Dauphin quitta ces appartements brièvement en 1746 pour s’installer avec sa femme, Marie-Raphaëlle d’Espagne. Il y revint l’année suivante, à la mort de celle-ci, après avoir épousé Marie-Josèphe de Saxe. C’est alors que commencent de grands travaux dirigés par Ange-Jacques Gabriel et Jacques Verberckt. 

En 1830, Louis-Philippe transforme le château de Versailles en musée et les appartements du Dauphin deviennent des salles iconographiques pour les amiraux et connétables. Les ornements sont supprimés, ainsi que les cheminées en marbre, et l’aspect des pièces est radicalement modifié. Au XXe siècle, plusieurs restaurations ont eu lieu, dans le but de redonner aux appartements leur éclat d’origine. La restauration actuelle les complètera.

Après avoir traversé la salle des Gardes et deux antichambres, le visiteur se trouve dans la chambre du Dauphin. Cette pièce, dont la décoration, la fonction et les dimensions ont été relativement épargnées au XIXe siècle, servira de modèle pour la restauration des pièces suivantes. Le lit était placé face à la fenêtre, devant une alcôve tendue de soieries. Le reste de la pièce était lambrissé de chêne sculpté, peint en blanc et or. Trois glaces étaient placées dans la pièce, de chaque côté du lit et entre les fenêtres. Par leur taille et leur position, ils permettaient une mise en abyme de la pièce à l’infini. 

La pièce suivante, le cabinet du Dauphin, est située sous le salon de la Paix. Cette pièce apporte beaucoup de lumière grâce à ses six fenêtres et nombreux miroirs. On compte six grandes glaces et quatre plus petites, au-dessus des portes. Toutes étaient environnées de dorures sculptées. Juste avant la restauration actuelle, les glaces ont été enlevées, ce qui a révélé les parquets d’origine, indiquant la présence de médaillons. Des dessins de Gabriel, conservés au château, détaillent les peintures placées dans ces médaillons. Au-dessus des portes se trouvaient aussi des portraits des sœurs du Dauphin, peints par Jean-Marc Nattier. Ce cabinet a été particulièrement touché par les travaux du XIXe siècle : les décors et moulages ont été arrachés au profit d’un accrochage de tableaux tandis que la cheminée a été supprimée. Seuls les moulages des portes et fenêtres ont été conservés. Lors des restaurations du XXe siècle, un surmoulage des ornements du plafond du Grand cabinet de madame Victoire a été installé pour tenter de pallier le manque d’ornements. La cheminée en marbre a été retrouvée puis remontée, même s’il manque ses agrafes en bronze. 

Enfin, la bibliothèque, pièce la plus intime de l’appartement présente un tout autre univers. Au départ simple cabinet, elle devient une bibliothèque en 1755, à la demande du Dauphin. Celui-ci souhaitait une pièce privée, qui sortait de l’aspect d’appartement d’étiquette et qui ouvrait sur les appartements de sa femme. On y entrait par une petite porte de côté, comme dans les autres bibliothèques du château. Les murs arboraient un décor au naturel peint en vernis martin, afin de leur donner un aspect de porcelaine. Sous Louis XVI, la bibliothèque devient la chambre de la gouvernante du Dauphin. Une alcôve y est donc créée pour y mettre un lit. Puis, sous Louis XVIII, les peintures sont décapées et remplacées par un décor blanc et or traditionnel. Enfin, sous Louis Philippe, des grandes portes sont créées, transformant les bibliothèques en trompe-l’œil. Dans les années 1960, grâce à l’une des portes originales conservées dans les réserves du château, une restitution de la polychromie de la pièce a été faite. Cependant, trompés par le jaunissement des vernis d’origine, les restaurateurs peignent les murs en vert et jaune. La restauration des années 1980 tente de remettre les couleurs d’origine, après une étude comparative des différentes autres pièces en vernis martin. 

La restauration de ces trois pièces portera principalement sur les décors. Dans la chambre du Dauphin, les murs seront repeints dans leur couleur d’origine et les ornements de la pièce seront nettoyés. La restauration du Cabinet, quant à elle, reprendra tous les ornements et la dorure, afin de redonner une unité à la pièce. Les ornements encore dorés seront patinés et les grands panneaux, dont il ne reste que des dessins, resteront blancs pour accueillir des tableaux du XVIIIe siècle. Dans la bibliothèque, le vernis sera réappliqué, restituant l’effet porcelainé des murs, et une niche construite par erreur, sera supprimée. 

Les travaux dans la chambre et le cabinet du Dauphin sont rendus possibles par le mécénat du Baron de Rothschild qui a organisé une vente aux enchères de bouteilles et coffrets de vin. En ce qui concerne la bibliothèque, elle sera restaurée avec l’aide de l’Association des amis de Versailles qui œuvre depuis 1907 à la conservation du château. 

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