La littérature d’histoire s’invite à Versailles

Par Juliette Michel

Date de publication : 23/10/2020

Comme chaque année, « Histoire de Lire », le salon du livre d’histoire de la ville de Versailles, se tiendra les 21 et 22 novembre. Pour sa treizième édition, il se décline sur trois sites différents : l’hôtel de ville, l’hôtel du département et la préfecture des Yvelines. Depuis 2008, l’évènement, présidé par Etienne de Montety, a pour objectif de rendre l’histoire plus accessible et de décomplexer la discipline. Présentation des ouvrages publiés dans l’année, rencontre avec les auteurs, conférences et débats sont au programme. Un week-end qui promet d’être riche en découvertes littéraires. Parmi les nombreux ouvrages qui y seront présentés, la rédaction de PAJ en a sélectionné deux. Décryptage.

La France disparue et retrouvée : fusion réussie du tourisme et du patrimoine

Nous n’avons jamais été aussi curieux de notre pays qu’en ces temps troublés. Au cœur des grandes villes, une même idée trotte dans la tête des citadins : partir. Un week-end à la campagne, une semaine en bord de mer, retrouver un semblant d’équilibre, se raccrocher à des choses plus simples. Johann Protais et Éloi Rousseau l’ont bien compris : la France des grandes villes n’est plus. Les deux professeurs d’histoire et d’histoire de l’art avaient déjà écrit Lieux secrets et interdits, un ouvrage invitant le lecteur à se perdre dans des endroits longtemps inaccessibles ou réservés à une population précise. Aujourd’hui, ils publient La France disparue et retrouvée qui propose un parcours chronologique à travers un pays regorgeant encore de mystères et de trésors enfouis.

Que reste-t-il de la célèbre abbaye de Cluny ? Pourquoi un nombre incalculable de châteaux forts ont-ils été détruits entre 1610 et 1660 ? Comment Vauban a-t-il conçu ses fortifications et où peut-on en voir les vestiges ? Entre détails scientifiques et anecdotes historiques, l’ouvrage dresse un très (trop ?) large panorama de notre pays à travers les âges. L’ouvrage, bien que très général, aborde aussi certains sujets comme les différences toponymiques des villes, la nécessité des fouilles préventives ou encore la topographie des différents sites de France. Si les thématiques abordées sont pertinentes, les explications sont parfois sommaires, ce qui donne au livre un aspect grand public, pas dérangeant pour autant.

Véritable invitation à la promenade buissonnière, le livre permet au lecteur de s’évader le long de rivières endormies et de citadelles trop peu visitées. À l’heure où les voyages se font d’une région à une autre et où les campagnes n’ont jamais été aussi attrayantes, La France disparue et retrouvée esquisse le dessein d’un tourisme plus local et durable.

La France disparue et retrouvée, par Johann Protais et Éloi Rousseau, Larousse, 240 pages, 25 €. Sortie le 25 novembre

Dimitri Casali, plus royaliste que le roi

1495. Le roi de France Charles VIII revient d’Italie et s’installe à Amboise, qui n’est alors qu’une place forte médiévale, pour en faire sa résidence principale. Dans ses valises, 22 artistes et artisans italiens et l’ambition d’insuffler à la France ce qu’il a vu lors de son voyage. Son objectif ? Transformer le château d’Amboise en un palais Renaissance. Féru d’architecture dès que son emploi du temps le lui permet, Charles VIII accourt sur le chantier, étudiant les plans et supervisant lui-même les travaux.

C’est cette histoire que Dimitri Casali raconte dans son dernier ouvrage au titre bien trop évocateur, La France des Rois de France : celle des rois bâtisseurs et du patrimoine architectural laissé derrière eux. Professeur d’histoire-géographie au lycée, Dimitri Casali est spécialisé dans la vulgarisation scientifique dont il a fait son cheval de bataille. Il est l’auteur de nombreux ouvrages destinés aux jeunes et moins jeunes – dont Le Grand procès de l’histoire de France, lauréat du prix de l’association des Écrivains combattants 2020 – et d’ouvrages plus polémiques, comme Désintégration française ou Notre histoire : ce que les enfants devraient apprendre à l’école.

« Ce sont nos rois qui ont bâti la France », déclare l’auteur en guise d’introduction. Nous devons effectivement aux monarques une grande partie du patrimoine que nous connaissons aujourd’hui : cathédrales, châteaux et grandes places sont souvent le résultat d’une ambition royale. Mais tous les monarques n’avaient pas le même engouement que Charles VIII pour les chantiers. Qu’en est-il des architectes ? L’auteur les aurait-il oubliés, éclipsés par les grandes figures royales qu’il admire tant ? Quelle était l’influence de ces derniers dans la volonté de grandeur, d’opulence et de démonstration des rois ? Si l’ouvrage ne répond pas réellement à ces questions, il présente chronologiquement les grandes constructions effectuées du XIIe au XIXe siècle, du règne de Louis VII à celui de Louis-Philippe, et reste relativement pertinent. Au fil des pages, la cathédrale de Reims, où Clovis a été baptisé, ou encore le château de Versailles, emblème du pouvoir royal par excellence, livrent leurs secrets. Clair et didactique, l’ouvrage est parsemé de cartes et d’encadrés informatifs : étymologie d’un terme précis, portrait d’un personnage important, analyse d’un lieu précis ou d’une date marquante, explication d’un symbole, etc.

Célèbre pour ses idées arrêtées et ses prises de position souvent discutables, Dimitri Casali présente ici un livre intéressant, général et qui touche à son but : rendre accessible à tous l’histoire du patrimoine architectural français. Si l’angle adopté n’est pas du goût de tous, la vocation pédagogique de l’ouvrage est indéniable.

La France des Rois de France, par Dimitri Casali, Albin Michel, 272 pages, 35 €

Partager sur :