Étangs de Corot : sécurité versus patrimoine

Par Juliette Michel

Date de publication : 12/11/2020

Situés dans le sud-ouest des Hauts-de-Seine, à Ville-d’Avray, les étangs de Corot tiennent leur nom du célèbre membre de l’École de Barbizon qui les a peints de longues années durant. Aujourd’hui, le site s’apprête à être défiguré par de lourds travaux.

Le vaste plan d’eau, conçu au XVIIe siècle pour alimenter le domaine de Saint-Cloud, est classé au titre des sites naturels remarquables depuis 1936. Suite à une étude de risques établie en 2017, les deux étangs qui composent le site ont révélé de grosses fragilités : les barrages se sont détériorés avec les intempéries et souffrent d’érosion ; l’étanchéité n’étant pas complète, les digues doivent être renforcées rapidement pour évincer tout risque d’inondation.

La solution trouvée par la préfecture ? Consolider les barrages et créer un déversoir à la sortie de l’étang, ce qui permettrait d’évacuer l’eau des crues à venir. Mais ces travaux ont un coût, et pas des moindres : 32 arbres au total – dont 14 tilleuls – devraient être abattus. En plus de la tristesse de l’acte lui-même, cette décapitation du paysage laisserait un trou béant et un panorama plongeant sur les résidences situées de l’autre côté du plan d’eau. Un aspect peu enviable pour un tel site, dont la vue a fait le tour du monde grâce aux peintures de Jean-Baptiste Camille Corot.

C’est un dilemme que l’on connaît déjà… À quel point la conservation du patrimoine peut-elle se jouer de la sécurité ? S’il est en général possible de restaurer le patrimoine artistique ou architectural sans trop de pertes lorsque celui-ci devient potentiellement dangereux, la situation est toujours plus délicate lorsqu’elle touche le patrimoine naturel. En opposition à ces travaux, de nombreux acteurs se sont organisés en plusieurs instances, comme l’Association pour la protection des étangs de Corot ou le Groupe national de surveillance des arbres. Ces associations, qui mènent le combat depuis presque un an, ont également obtenu le soutien de Stéphane Bern.

Cependant, malgré une pétition s’opposant à la destruction de ce patrimoine paysager qui a recueilli près de 4 000 signatures, la préfecture campe sur sa position : si les barrages venaient à céder, environ 3 000 habitants pourraient être touchés par les dégâts. Un risque que la commune ne peut se permettre de prendre. Au vu du nombre d’arbres déjà abattus, un compromis n’est plus à espérer…

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