Au cœur du patrimoine industriel français

Par Victoire Becker

Date de publication : 18/12/2020

Temps de lecture : 3 minute(s)

Le patrimoine industriel est généralement perçu comme un ensemble de villes et d’usines fantômes, les traces d’un passé révolu. Mais, depuis les années 1970, il commence à intéresser les amoureux du patrimoine, dont l’historienne et journaliste Marie-Hélène Chaplain.  

À travers la description de 45 lieux, elle nous montre que le secteur de l’industrie ne se limite pas simplement aux mines et à la sidérurgie. Du textile aux abattoirs, en passant par la minoterie, la métallurgie, les chocolateries ou encore les parfums, c’est un monde entier qui se dévoile à nos yeux. L’auteure ne manque d’ailleurs pas de décrire le mode de vie ouvrier au XIXe siècle, à travers l’analyse de bâtiments comme le familistère de Godin, dans l’Aisne, ou l’usine-pensionnat Claude-Joseph Bonnet, dans l’Ain. 

Ce livre, divisé par régions, est un véritable périple à travers la France, qui commence dans le Nord, autour de la ville de Lille, et se termine dans le Sud-Est, avec les usines à parfums de Grasse. En deux ou trois pages, l’auteure raconte l’histoire d’un lieu, en décrivant les bâtiments qui le composent. On découvre le fonctionnement de la fameuse Saline d’Arc-et-Senans ou, plus original, le moulin à papier Richard de Bas, à Ambert, et l’ancienne brasserie Champigneulles, à Angoulême. Le tout est agrémenté de plus de 150 photographies et documents d’archives. 

L’ouvrage est aussi un voyage dans le temps, qui débute au XVIIe siècle avec la création de la manufacture des Gobelins. Au siècle des Lumières, quelques usines et manufactures sont ouvertes, comme la manufacture de Sèvres, qui connait un succès retentissant. Au XIXe siècle, le milieu industriel se développe à vitesse grand V : des usines sont rapidement construites à travers toute la France et les ouvriers affluent. Cette effervescence ne durera qu’un temps, puisqu’au XXe siècle, avec le développement de la machine, l’ouvrier devient obsolète et l’espace construit autour de lui trop encombrant. La production à moindre coût pousse les industriels à chercher des usines à l’étranger, et donc à abandonner les usines françaises. Que faire alors de tous ces bâtiments livrés à eux-mêmes ? 

Marie-Hélène Chaplain nous rassure : il est possible de leur donner un nouvel usage. D’ailleurs, c’est ce qui a été fait pour une très grande partie des lieux présentés : les exploitations de charbon deviennent des salles de concert, des manufactures de cristaux sont converties en châteaux, les entrepôts deviennent des musées… Les possibilités sont infinies ! 

Au cœur du patrimoine industriel français est un bel hommage à l’ingéniosité et au savoir-faire des milliers de femmes et d’hommes qui se sont succédés entre les murs de ces bâtiments. Simple, bien construit et grand public, ce livre donne envie de partir à la découverte de ce pan de l’histoire si souvent oublié ! 

Au cœur du patrimoine industriel français, par Marie-Hélène Chaplain, Éditions Glénat, 176 pages, 35 €

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