Verdun : une caserne historique menacée

Par Agathe Archambault

Date de publication : 29/01/2021

Temps de lecture : 4 minute(s)

Les jours sont comptés pour la caserne Miribel de Verdun. Elle devrait être démolie dès mars 2021 pour laisser place à un vaste complexe immobilier. Mais ses défenseurs ne baissent pas les bras.

Constituée de trois bâtiments et d’un parc de cinq hectares, cette caserne bâtie en 1893 a notamment abrité le 3e régiment d’artillerie de marine. Occupée par l’armée jusqu’en 1995, elle est ensuite devenue propriété de la mairie et laissée à l’abandon. L’ensemble a été vendu pour un euro symbolique au bailleur social Le Foyer rémois qui prévoit d’y bâtir des ensembles de logements, une résidence senior, mais aussi une maison médicale et une crèche.

Même si pour l’évoquer on préfère parler de « requalification » ou de « réhabilitation », le projet signera bien la destruction des trois bâtiments principaux, jugés trop coûteux à transformer. C’est la mairie qui devra se charger de « dépolluer et déconstruire » le site et ses monuments courant 2021, avant que ne démarre le chantier de construction. Seuls des éléments de façade seraient sauvegardés, ainsi que les pavillons d’entrée et le muret surmonté de sa grille. Les travaux, évalués à 25 millions d’euros, devraient durer dix ans et la municipalité espère ainsi attirer 600 à 800 nouveaux habitants dans une ville qui a plutôt tendance à voir sa population baisser.

« C’est un véritable gâchis de détruire cette belle caserne qui n’est pas en mauvais état et qui représente l’un des derniers témoins du passé militaire de la ville » déplore Gérard Mauduech, défenseur du patrimoine meusien et ancien directeur des Archives départementales, qui se mobilise contre le projet. Il a fondé au printemps dernier l’association des Amis de la caserne Miribel et vient de lancer une pétition en ligne où il insiste sur la valeur patrimoniale de cet ensemble architectural en pierre de taille « comportant un système de chéneaux magnifique et une horloge centrale encore intacte ». Gérard Mauduech pointe aussi du doigt le coût financier et environnemental que constitue le fait de « détruire pour reconstruire ».

D’autres associations de défense du patrimoine se sont également mobilisées face à l’imminence de la destruction : plusieurs membres des associations VMF et Sites & Monuments ont obtenu un rendez-vous, début février, avec le maire Samuel Hazard pour tenter d’établir un dialogue. Ils espèrent convaincre l’élu de sauvegarder au moins une partie des bâtiments. « Nous sommes tout d’abord étonnés par cette destruction car le maire de Verdun a une certaine fibre patrimoine. Il vient notamment de lancer un grand projet de restauration de la Citadelle Haute, plus ancienne et plus dégradée encore que la caserne Miribel » raconte Angeline Morillion, déléguée de l’association VMF pour la Meuse.

La caserne Miribel est bien connue des passionnés de la Grande Guerre puisqu’elle a été à plusieurs reprises le théâtre de reconstitutions historiques, notamment en 2016 dans le cadre du centenaire de la bataille de Verdun. Et plus récemment en 2018 lors d’une grande reconstitution qui avait rassemblé plus de 1 000 reconstituteurs venus de 18 pays différents. Poste de secours, cuisines roulantes, station radio, poste de commandement, ou encore forge de campagne s’étaient installés au pied des bâtiments pour y faire revivre des scènes quotidiennes de la vie des soldats. « Verdun est connue internationalement pour son passé militaire. Or, quand on détruit les vestiges de cette histoire, ce sont des souvenirs qui disparaissent » regrette Gérard Mauduech.

Partager sur :