Notre-Dame des fissures

Par Juliette Michel

Date de publication : 05/02/2021

Temps de lecture : 4 minute(s)

Depuis près de deux ans, la place Franklin-Roosevelt à Montauban est le théâtre d’importants travaux. La construction d’un parking souterrain sous le parvis de la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption a commencé en mai 2019… non sans conséquences : d’importantes fissures sont récemment apparues sur la façade occidentale de l’édifice.

La place Franklin-Roosevelt, sur laquelle se dresse la cathédrale, vit au rythme des tractopelles et des grues depuis le mois de mai 2019. À l’origine de ce chantier, la construction d’un nouveau parking sous-terrain de cinq niveaux commandé par la ville, qui a confié le projet au groupe privé Interparking. Au niveau de la dalle extérieure, il est prévu d’aménager un espace vert agrémenté d’arbres et d’un miroir d’eau. Une installation estimée à 13,5 millions d’euros, avec une participation de la collectivité à hauteur de 6 millions.

Si les simulations donnent envie et que la place sera vraisemblablement plus esthétique à la fin des travaux, la question de la nécessité de ce chantier se pose. En effet, la place Franklin-Roosevelt disposait déjà d’un parking (extérieur, certes), et deux autres parkings couverts sont situés à proximité du centre-ville. Il nous faut également souligner l’aspect peu écologique du projet, qui consiste à encourager l’utilisation de la voiture en hyper-centre…

Cependant, depuis quelques mois, le débat a pris une autre tournure. De grosses fissures sont apparues sur la façade occidentale de la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption. Construite entre 1692 et 1739 sur les hauteurs de la ville, elle a été classée au titre des Monuments historiques le 9 août 1906 et appartient désormais à l’État.

Les premières fissures ont été constatées le 30 octobre 2020 à l’extrémité occidentale de la nef. La Drac a tout de suite été prévenue et mobilisée, ainsi qu’un architecte des Bâtiments de France qui, dans l’attente de savoir si la cathédrale était stabilisée ou non, a d’abord fait poser des témoins de plâtre sur les fissures. Pour Brigitte Barrèges, maire LR de Montauban, il ne faut pas remettre en question le chantier, dont la dalle de couverture et ses contrebutées sont censées solidifier la structure de la cathédrale.

Le 16 novembre s’est tenue une expertise judiciaire en présence de l’architecte des Monuments historiques Pierre-Yves Caillault, qui a pu constater les dégâts et élaborer un plan de protection et de prévention. Des capteurs de surveillance ont été installés, permettant de surveiller l’évolution des fissures. Le mouvement à l’origine des fissures aurait également désolidarisé la façade occidentale et ses deux clochers du reste de l’édifice.

Mais la situation s’aggrave à la fin du mois de novembre : un élargissement des fissures préexistantes et l’apparition de nouvelles est constaté. La préfecture du Tarn-et-Garonne décide alors de fermer la cathédrale au public. Selon les dernières analyses, les témoins de plâtre et les capteurs de surveillance sont unanimes : la cathédrale bouge encore. Tant qu’un système d’alerte ne sera pas opérationnel, l’édifice restera fermé au public.

Bien qu’aucune expertise ne le prouve pour l’instant, les soupçons pèsent inévitablement sur le parking en construction au pied de la cathédrale. Les 453 places de stationnement ont nécessité le creusement d’une fosse de 28 mètres de profondeur et les importantes vibrations qui importunent les riverains depuis des mois pourraient être à l’origine de ces dommages.

Détruire et reconstruire si proche d’un monument classé, est-ce réellement sans risque ? Difficile d’imaginer qu’un scénario pareil n’ait pas été envisagé dans le projet élaboré par la mairie de Montauban… Si le droit à l’erreur existe et que toutes les failles ne peuvent être prédites, il serait de bon ton de prendre des mesures plus radicales pour trouver la source de ces dégâts. Aujourd’hui, la situation est critique : les fissures continuent de s’élargir… et le chantier d’avancer. Une énième victoire des intérêts économiques sur le patrimoine. Affaire à suivre…

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