Lille, les derniers jours de la chapelle Saint-Joseph

Par Juliette Michel

Date de publication : 12/02/2021

Temps de lecture : 4 minute(s)

La destruction de la chapelle Saint-Joseph de Lille a commencé mercredi 10 février malgré la mobilisation, depuis deux ans, des défenseurs du patrimoine.

Nous vous en parlions il y a quelques mois sur PAJ : l’école d’ingénieurs la Junia (qui dépend de l’université catholique de Lille) a commandité la démolition de la chapelle en mai 2019, dans le cadre de l’agrandissement de son campus. Une erreur incompréhensible aux yeux des défenseurs du patrimoine : Étienne Poncelet, architecte en chef et inspecteur général honoraire des Monuments historiques, s’est exprimé en faveur de sa conservation tandis que Stéphane Bern et de nombreux acteurs et associations de défense du patrimoine se sont également mobilisés. Parmi eux, Bruno Carpentier, délégué VMF des Hauts-de-France, et Philippe Toussaint, Président des VMF, qui s’est également exprimé sur le sujet dans une lettre adressée à la Ministre de la culture Roselyne Bachelot.

En décembre, 106 universitaires et professionnels du patrimoine avaient signé une tribune pour rappeler la valeur architecturale de l’édifice.

Enfin, l’association Urgences patrimoine, menée par sa présidente-fondatrice Alexandra Sobczak-Romanski, s’est battue sans relâche depuis que Junia s’est vu accordé le permis de démolir.

Un dernier espoir, porté par Urgences patrimoine, résidait dans un classement de dernière minute au titre des Monuments historiques. Après plusieurs échecs, une ultime tentative de classement a eu lieu, il y a seulement deux semaines, alors que le permis de construire des futurs bâtiments était toujours en instruction.

Samedi 6 février, les associations se sont rendues sur place afin de protester contre la destruction, livrant leur dernier combat – malheureusement en vain : les pelleteuses sont à l’œuvre depuis mercredi. Les vitraux seront conservés, tout comme le mobilier liturgique et les tapisseries. Maigre consolation.

La bataille est perdue. Mais l’association ne baisse pas les bras : un recours au fond et un référé en Conseil d’État sont toujours d’actualité. Pour Alexandra Sobczak, « l’idée, maintenant que la démolition est actée, c’est de démontrer que le Ministère et la Justice se sont trompés ; ils ont jugé trop hâtivement la chapelle. » La démolition du gros œuvre doit avoir lieu le 22 février. Urgences patrimoine et sa représentante seront au rendez-vous, avec tristesse mais sans remords : « Nous avons tout fait. Nous avons demandé une grâce présidentielle, nous avons élaboré un contre-projet qui prouvait que l’on pouvait réhabiliter la chapelle pour un coût plus bas. Le problème n’était pas l’argent mais la volonté, et Junia n’a pas plié. La seule pression que l’on pouvait exercer était celle du bon sens. »

Un commanditaire acharné, un Ministère détaché, des recours vains et, une nouvelle fois, un patrimoine négligé et sacrifié. La nouvelle a de quoi attrister. D’autant plus qu’aujourd’hui, de nombreuses églises et chapelles sont reconverties avec succès. Tourcoing, à quelques kilomètres de Lille, nous le prouve depuis 2011 : l’église Saint-Louis a été transformée en un centre culturel. L’édifice, bien que désacralisé, continue de vivre au rythme de la collectivité, accueillant régulièrement expositions et conférences.

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