Un nouveau modèle économique pour la flèche de Saint-Denis

Par Agathe Archambault

Date de publication : 11/03/2021

Temps de lecture : 4 minute(s)

Changement de programme pour le remontage de la flèche de la basilique de Saint-Denis : le chantier artisanal qui devait s’étaler sur dix ans voit son programme et son modèle économique bouleversés par un délai raccourci. Objectif : inauguration en 2028. 

Contrairement à la restauration de Notre-Dame de Paris, le remontage de la flèche de la basilique de Saint-Denis devait à l’origine prendre son temps, s’étaler sur dix ans minimum, avec un chantier majoritairement artisanal et fidèle aux techniques des bâtisseurs du XIIe siècle. Il en est autrement depuis l’annonce de la candidature de la ville de Saint-Denis à l’obtention du titre de « Capitale européenne de la culture » en 2028. Une candidature qui, en exigeant que la reconstruction soit achevée d’ici là, bouleverse le calendrier des travaux mais aussi son modèle de financement.

Fragilisées par les intempéries et démontées pierre par pierre au milieu du XIXe siècle, la tour et la flèche nord de la nécropole des rois de France attendent leur reconstruction depuis déjà un certain temps. Initié en 2013, puis lancé officiellement en mars 2018, le projet en cours prévoit de les remonter en se basant sur les relevés et croquis réalisés durant le démontage et conservés à la médiathèque de l’architecture et du patrimoine (MAP). Le chantier mobilisera huit tailleurs de pierre travaillant avec les techniques de la fin du XIIe siècle ainsi que quatre forgerons qui réaliseront les outils nécessaires au chantier.

Pour financer cette ambitieuse reconstruction, le projet envisageait initialement un modèle calqué sur celui du chantier médiéval de Guédelon, où billets d’entrées et mécénat financent directement la restauration. Le raccourcissement des délais dû à la candidature de la ville au label « Capitale européenne de la culture » remet évidemment en question le modèle économique initial et – même si le chantier artisanal et son ouverture au public sont maintenus et qu’ils demeurent à la base de l’ambition patrimoniale et pédagogique du projet – c’est sur d’autres sources de financement que repose désormais la reconstruction.

Subventions d’abord, avec l’annonce fin décembre 2020 d’une subvention de 20 millions d’euros du Fonds de solidarité et d’investissement interdépartemental (FS2I) créé par les sept départements d’Ile-de-France. Cette somme devrait couvrir les deux tiers des coûts du chantier et sera complétée par une seconde subvention débloquée par la Région Ile-de-France et s’élevant à 2 millions d’euros. L’autre grande nouveauté dans le modèle économique du chantier est l’implication d’entreprises spécialisées qui viendront en renfort des artisans afin d’accélérer la reconstruction.

Les recettes des visites du chantier artisanal seront destinées à développer la médiation culturelle et artistique autour de l’évènement, par le biais de l’association Suivez la flèche qui avait déjà organisé, à l’été 2020, des ateliers participatifs pour faire découvrir les métiers de forgeron et de tailleur de pierre. Avant le démarrage des travaux, prévu pour mars 2022, c’est d’abord un chantier de fouilles préventives qui doit commencer prochainement au pied de la basilique. Il sera suivi par des travaux de consolidation des fondations, indispensables pour coiffer à nouveau la tour nord de son imposante flèche de 90 mètres de haut et 2 400 tonnes de pierre…

Partager sur :