Quel destin pour l’église Saint-Martin de Serqueux ?

Par Isabella Loconte

Date de publication : 15/04/2021

Temps de lecture : 4 minute(s)

L’histoire de cette église d’après-guerre est celle d’un abandon. Fermée au public depuis bientôt 6 ans, son état continue de se dégrader. La municipalité a voté en faveur de sa désacralisation dans l’espoir de pouvoir éviter la démolition.

Conçue par l’architecte Michel Percheron dans les années 1950, l’église Saint-Martin surprend par la modernité de sa voûte parabolique. Après la démolition de l’église Sainte-Bernadette de Grand-Quevilly, elle constitue le dernier exemple en Normandie de ce genre de construction atypique en fusée céramique.

Rebâti après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, ce lieu de culte répondait à une réelle urgence : se rassembler. Il a donc été construit hâtivement et avec peu de moyens. Aujourd’hui, il souffre de la médiocrité des matériaux d’origine. Menaçant de s’effondrer, son fin clocher à flèche a été détruit en 2016. Depuis, le corps de l’église a, lui aussi, été jugé dangereux pour le public. Sa voûte s’effrite, ses vitraux tombent, des infiltrations causent la chute de plusieurs matériaux. De très lourds travaux seraient à prévoir en vue d’une restructuration de l’édifice.

Peut-on accuser la petite communauté de Serqueux d’être oublieuse de son patrimoine ? Le débat, ouvert depuis 2015, est toujours actuel. Thomas Hermand, le nouveau maire, souhaite pourtant sauvegarder ce patrimoine, en essayant de repenser son utilité. Il explique que si l’affectation de l’église changeait, la commune pourrait espérer bénéficier plus facilement de subventions. Une désacralisation partielle a donc été proposée et le conseil municipal s’y est déclaré favorable. Dans le cas où l’église Saint-Martin serait réhabilitée, elle pourrait devenir un lieu de culture, outre qu’un lieu de culte. Elle abriterait alors non seulement des cérémonies religieuses, mais aussi des expositions ou des réunions associatives.

La désacralisation est une procédure complexe qui peut prendre plus d’un an. En attendant, le maire programme un référendum au début de l’année prochaine. Sa volonté est d’impliquer les Sarcophagiens dans la décision du sort de leur unique église. Sera-t-elle démolie ou réhabilitée ? Les avis des habitants restent divisés. Le maire souhaite donc leur présenter dans le détail toutes les implications des solutions envisagées, pour qu’ils puissent trancher en connaissance de cause.

Un tel dossier est long à constituer. L’église Saint-Martin n’est donc pas prête de sortir de l’entre-deux dont elle semble prisonnière. Tout en étant comme figée dans le temps, elle ne peut pas échapper à ses affres, et sa dégradation s’accélère alors que les résolutions tardent.

Le cas de cette église normande nous interpelle sur l’avenir que l’on réserve aux monuments non classés appartenant à des communes dépourvues de moyens et de sites touristiques. Même s’agissant de lieux à l’architecture et à l’histoire remarquables, trouver des financements, publics ou privés, s’avère difficile. La réhabilitation par une réinterprétation peut parfois être la solution pour sauver des lieux oubliés.
Si Saint-Martin pouvait bénéficier de soutiens, elle pourrait renaître de ses cendres et offrir un souffle nouveau à la vie citoyenne de Serqueux. Cet exemple nous invite à réfléchir à la façon dont on envisage le patrimoine et remet en question les raisons qui justifient la sauvegarde de certains monuments, imposants ou célèbres, et le délaissement d’autres édifices, plus humbles et moins connus.

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